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Federici, un Ange passe aux assises

Bandits / jeudi 4 novembre 2010 par Xavier Monnier
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3 morts, 4 ans d’enquête, un seul homme, Ange-Toussaint Fédérici, renvoyé devant les assises. A l’occasion du procès ouvert mardi, retour sur la tuerie de la Brasserie des Marronniers. Un conte marseillais

D’aucuns déblatèrent encore sur leur sexe. Nul ne s’interroge sur leur éventuel changement de genre (mais pas au lendemain de la Toussaint, ce serait sacrilège). Les Anges ne changent pas. Ange-Toussaint Fédérici n’a pas bougé. A la barre des assises d’Aix-en-Provence, où il est jugé du 2 au 5 novembre pour sa présumée participation à la tuerie des Marronniers à Marseille, le braqueur a certes "un peu grossi, constate l’assistance, un peu vieilli aussi". Les soucis peut-être après trois ans de prison. Voire la présence du GIPN pour l’escorter jusqu’au tribunal.

Mais le berger n’a pas varié. Ni modifié sa version des faits depuis son arrestation en 2007. Au soir du 4 avril, tandis qu’il "prenait une Vittel en attendant un ami" au bar des Marronniers dans le quartier Saint-Just de Marseille, le paisible agriculteur s’est retrouvé pris dans une fusillade. Et, blessé, a fui avant de se faire hospitaliser sous un faux nom.

Tout le reste relève de l’acharnement et de l’erreur judiciaire, pointent ses avocats Me Dominique Mattei et Me Eric Dupont-Moretti, qui plaident la relaxe. Pure et simple. Qu’importent si son sang a été retrouvé sur les lieux, que son empreinte génétique traîne sur une arme qui a tué. Que de grands noms du banditisme se soient agités pour le faire opérer au soir du massacre. Tant pis pour la justice qui croit avoir trouvé l’un des membres du commando qui a coûté la vie à Farid Berrhama et deux de ses lieutenants. Ou pour les journalistes qui pensent avoir décrypté les ressorts de la guerre qui a déchiré Marseille il y a quatre ans : une banale lutte de territoire.

Vacance du Belge

En ces premiers mois de 2006, l’ambiance est chaude à Marseille. Depuis janvier les corps tombent, les exécutions s’enchaînent. Ici un patronyme corse, là, bien plus des noms arabes. Et un soupçon de lutte de bandes rivales pour le contrôle des machines à sous, du trafic de drogue dans la région et des discothèques. Le business est orphelin d’un vrai parrain depuis la mort de Francis Vanverberghe, dit "le Belge", en 2000. Mais personne ne semble s’entendre sur un modus vivendi. Ni une trêve.

Difficile aussi de négocier avec "Dingo", le surnom de Farid Berrhama. Nourri à la frite du Belge, un temps bras droit d’Antoine Cossu, beauf du boss, le caïd est sorti de prison en 2005. Un long séjour au frais de quatre ans, entre l’Espagne et la France, pour avoir été mouillé dans le réseau Topaze, un trafic international de drogue. De retour en ville, l’Indien a pris le sentier de la guerre. Son territoire est menacé par les Corses ; son ambition, régner sur le milieu marseillais, contrariée. Trois de ses proches sont déjà tombés.

Liquidations

Au printemps, les escarmouches entre Corses et Arabes virent à la guerre, voire la liquidation, totale.

Le 23 mars, Roch Colombani, un petit tenancier de l’arrière-pays qui fait dans les machines à sous, prend la route vers Marignane. Des rafales de 11-43 et de kalachnikov le fauchent au volant de son 4x4. Un arrosage fatal, qui polit le Roch. "Méconnaissable" se souviennent les flics. La patte de Farid ? La justice ne le dira jamais. Mais la mort de Roch est un déclencheur. Et le milieu corso-marseillais de célébrer l’anniversaire du défunt à sa façon, au soir du 4 avril 2006.

21 heures au bar des Marronniers dans le quartier Saint-Just à Marseille. Tout près du Conseil général. La télévision retransmet un match de Ligue des Champions, Milan-Lyon, quand un déluge de feu s’abat sur le rade. Huit à dix hommes encagoulés, débarqués de trois voitures, arrosent l’assistance. Pistolets semi automatiques, kalachnikov, fusil à pompe. Le concert laisse trois hommes sur le carreau. Farid Berrhama, accompagné de Heidi Djendelli et Redouane Baha, ses deux lieutenants.

Selon des témoins, un membre du commando blessé est exfiltré par ses compères. Sur place les limiers découvrent notamment des traces de sang et un fusil à pompe. Empreint de l’ADN d’Ange-Toussaint Fédérici.

Ange-Toussaint Fédérici lors de son arrestation en 2007 - JPG - 22.8 ko
Ange-Toussaint Fédérici lors de son arrestation en 2007
Document Bakchich

Seul membre présumé du commando arrêté le 12 janvier 2007, après une étrange et paisible cavale, "Santu" livre son pedigree lors de ses rares déclarations aux enquêteurs. Et déballe la version du paisible agriculteur corse de la plaine orientale, pris dans une fusillade dans laquelle il n’avait rien à voir. "J’étais à Marseille pour faire les boutiques", reprend ATF à la barre. "Puis, l’heure venue, je suis allé aux Marronniers… J’avais rendez-vous avec un ami. Mais comme je l’ai déjà dit au juge, je ne dirai pas son nom !". Un silence qu’il justifie auprès du tribunal. "Vous savez, les faits sont graves, Il y a eu trois morts. Cette personne ne veut certainement pas être mêlée à tout ça. Maintenant, si elle veut venir, elle vient !". Malaise. Et un sentiment diffus. L’histoire n’est pas complète. Un seul membre supposé de l’équipée sauvage arrêté. Fédérici ne semble pas avoir maîtrisé tout ce qui s’est déroulé aux Marronniers.

Sans le reconnaître sur des photos, le patron du bar confirme sa présence le soir des faits. Mais Santu ne reconnaît pas le tenancier quand on lui présente son cliché. Et la présence de son ADN sur l’une des armes fatales à Berrhama n’inspire aucune explication au taiseux Ange.

Auquel bien du monde veut couper les ailes. Les flics le décrivent plutôt en ancien braqueur reconverti dans les affaires. Le chef supposé du commando qui a nettoyé l’équipe de Berrhama. Un dur parmi les dur. Et le chef du gang des bergers-braqueurs de Venzolasca – une bande qui monte en puissance sur l’île. "Des tueurs, des fonceurs", précise un limier qui a eu à gratter sur eux. "A force de gâchette toutes les grandes bandes de l’île les respectait". Ou les craignait. Les Bergers Braqueurs jouent au Parrain corse", écrira même Jacques Follorou dans sa somme, les Parrains Corses.

Brise marine

Deux versions en débat devant les assises d’Aix-en-Provence. Avec en toile de fond, la trame des liens tissés par le Milieu entre la Corse et le continent. Et le contrôle du business dans l’arrière-pays marseillais.

Déclencheur supposé de la tuerie des Marronniers, le meurtre de Roch Colombani a peiné du beau monde en Haute-Corse. A Moltifao et chez les Costa d’abord. Ponte du mythique gang de la Brise de mer, Maurice Costa concède qu’il connaissait la victime, "une relation de son père". Son neveu possède un ami commun avec Roch, Augustin Fédérici, le fils d’Ange-Toussaint, décédé en 2010 d’un accident de moto. Près de Venzolasca aussi, Roch compte des amis. Balthazar Fédérici, le frère d’Ange-Toussaint, élu à l’Assemblée territoriale. Ou Franck Cortopassi, condamné pour sa participation avec ATF à une série de braquages dans le Tarn.

Et la fresque est complétée par une note des policiers en date du 29 mai 2006. Au fil de la description d’Ange-Toussaint Fédérici, affleure le nom d’un autre poids lourd de la Brise de mer : Richard Casanova, assassiné en 2008. "Un renseignement indiquait que le 29 mars 2004, une réunion s’était tenue entre Benatti, Tasso et les dénommés Ange -oussaint Fédérici, son beau frère, et Richard Casanova [1]" signalent les enquêteurs. Après avoir précisé qu’une équipe composée de Benatti et Tasso, arrêté en 2005, faisaient partie de l’équipe qui reprenait "le secteur laissé vacant par Farid Berrhama".

Un peu léger pour établir l’existence d’une vendetta devant des jurés. Ou assurer que Berrhama a été balayé par une alliance de parrains insulaires. Mais suffisant pour que souffle sur les assises d’Aix comme des relents de Brise de mer.

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Lire ou relire sur Bakchich.info :

En 2006, un règlement de comptes ensanglantait un bar de Marseille. Une opération brutale, mais une enquête judiciaire mollement menée. Et les présumés tueurs en cavale ont bénéficié de "facilités" (…)
Un des principaux parrains corses, propriétaire du fort cossu restaurant d’ Aix-en-Provence la Rotonde, et animateur d’un cercle de jeux à Paris, est égratigné par une enquête judiciaire. Son rôle dans l’assassinat en 2006 de trois caïds arabes au « bar (…)
Antoine Nivaggioni n’attendra pas en prison son procès pour escroquerie. Une bien étrange erreur de procédure l’a sorti de cabane, le 14 septembre.
On joue aux chaises musicales en cette rentrée judiciaire au Parquet de Marseille. Les juges sont remplacés tandis que les truands assurent leur succession.
Nul besoin d’être grand clerc pour obtenir un passeport sous une fausse identité, et dûment tamponné par la préfecture !
Fin de cavale pour Antoine Nivaggioni, l’ancien patron de la SMS, une société de sécurité corse soupçonnée d’être au coeur d’un vaste réseau d’escroquerie, de marché truqués et d’une guerre des polices.
Soupçonné d’avoir été une blanchisseuse du milieu corso-marseillais, le Cercle de Jeux Concorde avait de beaux parrains : des anciens de la French Connection, Nick Venturi et Jean-Jé Colonna.

[1] Casanova a été abattu en avril 2008, Jean-Claude Tasso en octobre de la même année. Deux assassinats auquel le nom de Jacques Mariani, rival de Casanova au sein de la Brise de mer mort en 2009, a été associé. L’ADN de Mariani a été retrouvé sur l’une des douilles du lieu du meurtre de Tasso. Proche du truand, Claude Chossat, mis en examen dans le dossier de la mort de Casanova, a assuré devant un juge marseillais que Mariani avait abattu Casanova


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2 MESSAGES

Forum

  • Federici, un Ange passe aux assises
    le dimanche 21 novembre 2010 à 21:54, kaci2 a dit :
    plutôt kabyles qu’arabes, les noms ?
  • Federici, un Ange passe aux assises
    le mercredi 17 novembre 2010 à 11:08, sam giancana a dit :
    balthazard fédérici , il aurait pu porter plainte contre ses parents , sérieux , balthazard et pourquoi pas baltimore aussi, baltimore federici . ca va je déconne.
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