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Pourquoi le piège afghan s’est refermé sur les pays de l’OTAN

Afghanistan / lundi 29 septembre 2008 par Eric Laurent
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Après les dix soldats morts le 18 août dernier, quatre soldats français du 8e RPIMa (régiment de parachutistes d’infanterie de marine) ont été blessés en Afghanistan ce samedi 27 septembre, lors d’un accrochage avec des talibans. Si l’Afghanistan semble aujourd’hui devenir un piège pour les forces de l’OTAN, c’est en grande partie dû au fait que les gouvernements occidentaux ont d’abord dramatiquement sous évalué la gravité de la situation sur le terrain, puis ensuite se sont mentis à eux-mêmes et ont désinformé leurs opinions. L’enchaînement des faits est éloquent.

Le 8 août 2003, l’Alliance Atlantique prend le commandement de l’ISAF, dont les troupes sont autorisées, par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, à se déployer au-delà du périmètre de la capitale afghane, Kaboul. L’envoi des troupes en Afghanistan est laborieux et, en coulisses, donnera lieu à de sévères empoignades comme à des négociations interminables. En effet, l’OTAN ne possède ni budget, ni troupes, ni matériel, et chaque Etat membre, dont le budget défense est dramatiquement réduit, répugne à faire les efforts nécessaires. Illustration de cette situation : durant les six premiers mois de l’année 2004, le secrétaire général de l’OTAN et le commandant en chef de ses forces, le général James Jones, ne réussiront pas à obtenir l’envoi de trois hélicoptères pour Kaboul et les provinces environnantes.

Pour le maintien des troupes en Afghanistan - JPG - 41.5 ko
Pour le maintien des troupes en Afghanistan

Le 22 septembre, l’Assemblée nationale et le Sénat votaient majoritairement pour le maintien des troupes françaises en Afghanistan

© Pakman

Les pays membres de l’Alliance n’acheminent pas assez de troupes ni d’équipements. Surtout, les responsables politiques se voilent la face et mentent en affirmant que les militaires déployés ne sont envoyés que pour des missions de maintien de la paix ou pour assurer la reconstruction du pays. La menace talibane n’est pas une seule fois évoquée. A la fin de l’année 2004, les Etats-Unis, confrontés à des difficultés croissantes en Irak, demandent à l’OTAN d’accroître son engagement en Afghanistan, pour permettre le retrait de troupes américaines.

En février 2005, une réunion des ministres de la défense de l’OTAN se tient à Nice. A l’ordre du jour : la création d’un commandement unifié qui coifferait les forces de l’OTAN et les troupes américaines de l’opération « Enduring Freedom » présentes sur le terrain et engagées dans la chasse aux terroristes. Plusieurs pays dont la France et l’Allemagne refusent. Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, déclare : « L’OTAN n’est pas équipée pour mener des opérations de contre-terrorisme. »

« Pas un seul satellite espion »

Combattre les talibans et Al Qaïda n’est alors même pas envisagé. Le commandant en chef de l’OTAN, le général Jones, qualifie de « cancer opérationnel » la liste, interminable, des restrictions imposées par les Etats membres à l’engagement de leurs troupes : certaines ne doivent pas attaquer les talibans, d’autres ne sont pas autorisées à éradiquer les champs de pavot, ou à stopper des convois de trafiquants d’opium. Dans le sud de l’Afghanistan, fief des talibans, qui est devenu une véritable zone de guerre, dès 2003, l’OTAN est incapable d’élaborer une stratégie de contre-insurrection. Canadiens, Britanniques et Hollandais sont engagés dans des affrontements soigneusement minimisés par les responsables politiques de leur pays, pour éviter la montée de la contestation dans l’opinion. Cette attitude de cynisme et de déni atteint des sommets en avril 2006, lorsque le ministre britannique de la Défense, John Reid, déclare : « Nous serions parfaitement heureux de repartir (d’Afghanistan) dans 3 ans, sans avoir eu à tirer un seul coup de feu. »

Sur le terrain, au niveau de la collecte du renseignement, l’impréparation et la sous-estimation du danger, sont impressionnantes. Entre 2002 et 2005, le renseignement américain a totalement fait l’impasse sur l’Afghanistan, devenu un véritable trou noir en matière de collecte d’informations ; pas un seul satellite espion, braqué sur l’Irak, n’a été utilisé pour surveiller le sud du pays, à proximité de la frontière pakistanaise, où forces talibanes et troupes d’Al Qaïda sont concentrées.

Double jeu pakistanais

Au début de l’année 2006, les rapports des renseignements de l’OTAN estiment à 300 le nombre de talibans opérant dans le sud et à 2 000 le total des combattants islamiques à travers le pays, une sous-évaluation qui va être lourde de conséquences. A la fin de l’été 2006, les talibans lanceront une vaste offensive pour prendre le contrôle de Kandahar, la grande ville du sud, ancien fief du mollah Omar. Les combats dureront jusqu’au 17 septembre et opposeront 2 300 Américains, 2 200 Canadiens et 3 300 Britanniques à des milliers de talibans et combattants d’Al Qaïda, remarquablement armés, entraînés et organisés. Selon l’OTAN, dans les combats à proximité de Kandahar, les talibans ont tiré plus de 400 000 munitions. Beaucoup ont échappé à la capture en s’enfuyant au Pakistan voisin.

Tous les renseignements obtenus révèlent le rôle central joué par Islamabad, qui sert de sanctuaire aux insurgés. Les chefs talibans sont installés à Qetta, une ville pakistanaise proche de la frontière. Avec l’aide des puissants services secrets pakistanais, l’ISI, les talibans et Al Qaïda ont installé dans les zones tribales, à la frontière pakistano-afghane, de petites fabriques d’armement. Les armes sont conçues ou montées du côté pakistanais par des membres des tribus vivant dans la zone, puis l’ISI les achemine jusqu’aux talibans qui les transportent jusqu’en Afghanistan, où elles sont assemblées. En privé, les responsables politiques membres de l’Alliance Atlantique, critiquent violemment le Pakistan. En public, pas un mot de réprobation ne filtre. Washington a clairement répété à ses alliés qu’il ne voulait pas affaiblir la position du Président Musharaff. Tony Blair, lui, refusera même de mettre en cause l’ISI au motif, confie-t-il en privé « que les services pakistanais nous aident, dans la lutte contre les réseaux terroristes en Grande-Bretagne ». En feignant d’ignorer que ces services pakistanais sont les relais les plus actifs du terrorisme au Pakistan, mais aussi parfois en Europe.

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9 MESSAGES
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Forum

  • Pourquoi le piège afghan s’est refermé sur les pays de l’OTAN
    le jeudi 26 mars 2009 à 10:59, Somebody a dit :
    On s’étonne et pleure nos morts en Afghanistan, mais c’est la guerre !!!! On envoi pas les soldats au club med, qui dit guerre dit mort….
  • Pourquoi le piège afghan s’est refermé sur les pays de l’OTAN
    le lundi 29 septembre 2008 à 15:10, infiltré a dit :

    Merci pour l’article. Riche.

    Je me demande :

    - Pourquoi ce manque (supposé ?) d’intérêt pour l’afghanistan ?

    - Pour quelle raison l’Occident a soutenu la présence d’un nouveau président civil alors que les muscles du pakistan sont les Officier de l’ISI ? Que peut faire un président faible ?

    - Comment des terroristes peuvent transporter 500 kg d’explosif en camion et raser un hotel (Marriott) dans un pays ou il y a 1 indic de l’ISI à tous les coin de rue et dans tous les villages ? Des éléments de l’ISI serait-il derrière (directement ou non) cet attentat.

    - Quel est le rôle de l’Arabie Saoudite au Pakistan depuis le départ de Musharraf ?

  • Pourquoi le piège afghan s’est refermé sur les pays de l’OTAN
    le lundi 29 septembre 2008 à 15:10, trybuna ludu a dit :

    Mais qui va donc fournir les missiles Sol/Air au Talibans ?

    Ca serait interressant de connaitre la position Russe sur la question. Sachant qu’une bonne partie de leurs officiers superieurs ont effectues un passage en afganistan comme officier subalterne dans les annees 80.

    Esperons qu’ils ne leur viennent pas l’envie de renvoyer l’ascenseur aux occidentaux. Si ce n’est deja fait…

  • Pourquoi le piège afghan s’est refermé sur les pays de l’OTAN
    le lundi 29 septembre 2008 à 15:07, Phil2922 a dit :
    Merci Nina et Serge pour leur lien instructif. A la différence du Cambodge, le Pakistan possède la bombe nucléaire et là, il pourrait y avoir beaucoup plus de dégâts… !
  • Pourquoi le piège afghan s’est refermé sur les pays de l’OTAN
    le lundi 29 septembre 2008 à 13:29, Jihelix Le Gaulois a dit :
    Il est plus que certain qu’on ne peut plus arrêter l’escalade guerrière. Ce point de non-retour était le but escompté.
    Cherche à qui profite le crime… .
    Espérons que la calotte glaciaire se mette pas à fondre subitement cet hiver… ça nous ferait encore une taxe de plus.
    Nous voilà impliqués malgré nous dans cette impressionnante démence collective et suicidaire de l’Occident cariée.
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