Alors que l’on déplore au minimum douze morts à Beyrouth, les affrontements entre le Hezbollah et les partisans de la majorité au pouvoir révèlent aussi un jeu subtil entre l’armée libanaise et le mouvement chiite. Décryptage.
Dès le premier jour des combats entre les partisans du Hezbollah et les éléments fidèles à la majorité au pouvoir, l’armée libanaise a annoncé la couleur : elle restera neutre. Au Premier ministre déclarant le 7 mai que son gouvernement envisageait de proclamer l’état d’urgence et un couvre-feu, le chef de l’armée, le Général Michel Souleïman, a opposé son refus catégorique. Et, au plus fort des hostilités, la grande muette est même sortie de sa réserve pour prévenir toute velléité de pression visant à la faire intervenir.
Dans un communiqué officiel diffusé le 8 mai, elle a avertit les deux camps en guerre : « la poursuite de cette situation porte un coup à l’unité de l’armée ». Ainsi qu’à l’unité du pays. Il faut en effet savoir qu’à l’instar de toutes les institutions libanaises et conformément à la constitution héritée de la fin de la guerre civile en 1989, l’armée est communautairement « mixte ». Sa hiérarchie respecte même un scrupuleux équilibre confessionnel : si son patron doit être maronite, le chef des Etats Majors est obligatoirement druze, si la Sûreté de l’Etat est confiée à un chiite, la sécurité intérieure revient à un sunnite… Obliger l’Armée à jouer au gendarme entre le Hezbollah et la majorité au pouvoir au Liban reviendrait donc à la déchirer et livrer le pays au chaos de la guerre civile. D’où sa stratégie depuis le début des affrontements : jouer le rôle d’une force d’interposition mais pas d’intervention. Par exemple, les soldats n’ont pas tenté de défaire les barrages érigés dans les rues de Beyrouth par les insurgés, y compris celles du Hezbollah.
Les éléments de ce dernier, appuyés par leurs alliés chiites du parti Amal, l’ont d’ailleurs bien compris et jouent le jeu. Les différents bureaux du Courant du Futur, la principale formation sunnite au sein de la majorité conduite par Saad Hariri, dont ses organes de presse, que le Hezbollah a attaqué puis occupé, ont tous été remis à l’armée libanaise qui les gardent désormais. Une stratégie doublement gagnante pour le mouvement chiite : en préservant l’armée, il peut faire valoir sa légitimité de parti national responsable. Et ainsi, ne pas prêter le flanc aux critiques de l’opposition, qui l’accuse d’être une milice paramilitaire au service des intérêts syriens et iraniens. Une stratégie également tout bénefice pour le Général Michel Souleïman. « L’armée ne risque pas de s’en prendre au Hezbollah », analyse l’écrivain et journaliste libanais Fayçal Jalloul. « Le Général Souleïman est le candidat de l’opposition pour l’élection présidentielle. Et il tient à être président ! ».
Lire ou relire dans Bakchich :
Il est bon des fois de s’appuyer sur des éléments factuels quand on informe. En l’occurrence, peut-on occulter les événements qui ont précédé cette flambée de violence lorsqu’on en parle ?
Puisqu’il est question de stratégie dans cet article, pourquoi faire l’impasse sur les offensives stratégiques du mouvement du 14-mars (qui lui n’est bien sur sous l’influence d’aucune puissance étrangère) visant à remettre en question le système téléphonique privé du Hezbollah (qui lui a permis de gagner la guerre face à Israël en 2006) et du limogeage du directeur de l’aéroport International de Beyrouth (proche du Hezbollah) et par la même avoir la main mise sur le système de vidéo surveillance de cet aéroport qui jouxte des quartiers du Hezbollah.
A cela, est-il nécessaire de rappeler que le Liban est sans gouvernement légitime depuis plus de 6 mois, à cause notamment du refus de trouver un compromis en la personne du général Michel Aoun qui bénéficiait (à en croire les sondages) d’une vraie légitimité populaire dans son pays (attaqué en 2006) que les médias occidentaux se sont bien gardés de relayer dans leurs informations préférant poursuivre une stratégie de désinformation en présentant les acteurs en présence suivant la dichotomie pro ou anti-syriens, n’ayant aucune gène à présenter du coup Aoun comme un pro syrien. Au vu de son passé, cette acrobatique désinformation est tout à fait admirable.
Pour intéressant que soit votre article Mme Giudicelli, là, pour étoffer l’article de N. Beau "On prend les mêmes et on recommence" écrit au Beaujolais de la napa valley, on ne s’informera pas correctement sur le Liban sur Bakchich apparemment (sujet que l’on traite avec force poncifs et propagande dès qu’il y a un mort ou plus et qu’on oublie le reste du temps).