Rechercher dans Bakchich :
Bakchich.info
UNE BRÈVE HISTOIRE DE BAKCHICH

Tags

Dans la même rubrique
Avec les mêmes mots-clés
RÉCLAME
Du(des) même(s) auteur(s)
CULTURE / CHRONIQUE BOUQUINS

Crachats poétiques sur les axiomes sacrés

chroniques patissières / vendredi 7 mars 2008 par Noël Godin
Twitter Twitter
Facebook Facebook
Marquer et partager
Version imprimable de cet article Imprimer
Commenter cet article Commenter
recommander Recommander à un ennemi

Pour une fois à l’honneur en ces pages, la poésie, mais pas n’importe laquelle, la poésie qui « crache la vérité comme une cascade lumineuse » (Tristan Tzara). Ou la poésie extravagante qui, comme la définissait Lautréamont, propulse « des crachats sérieux sur les axiomes sacrés ». A lire, à lire, à lire, jambon à cornes !

Blind Poet – Poète aveugle de Lawrence Ferlinghetti (Maelström & Le Veilleur – www.maelstromeditions.com) : Refusant d’être une icône grabataire trônant sur les croûtons d’académies et jutant dans les honneurs, l’impétueux survivant de la beat generation Ferlinghetti démontre qu’un écrivain décati et aveugle ayant gardé toute sa lucidité critique et toute sa puissance d’expression peut foutre un merveilleux bordel dans les plates-bandes du pouvoir. Ses poèmes d’après le 11 septembre, fortichement traduits par Marianne Costa, s’apparentent aux pamphlets de Noam Chomsky et aux sarcasmes de Michael Moore par leur mise au pilori de la démocratie totalitaire orchestrée par « les terroristes de Washington expédiant tous les jeunes gens une fois de plus vers les champs de tuerie ».

Poésies de Friedrich Nietzsche (Ivréa) : Traduits et exaltés dans une préface du dadaïste Georges Ribemont-Dessaignes, les poèmes dionysiaques foudroyants du grand initiateur au gai savoir. « Ne prie jamais, laisse ce gémissement. Prends, je t’en prie, prends toujours ! ».

De l’Oulipo et la Chandelle verte de Jacques Bens (Gallimard) : Préfacées par le meilleur historien du rire offensif, François Caradec, les poésies excentriques complètes d’un des maîtres d’équipage les plus désaxants du légendaire Oulipo (OUvroir de LIttérature POtentielle). Comme son ami Raymond Queneau, Jacques Bens aimait employer des mots bien et dûment concrets pour les plonger dans ce que Robert Desnos appelait « le langage cuit », c’est-à-dire des expressions toutes faites qui, mises méthodiquement sens dessus dessous, vivent du coup-même une nouvelle vie totalement frappadingue.

Parmi les sommets de cette intégrale, la très mécréante chanson « Les Eponges du Seigneur »  :

« Dieu s’en va de la poitrine

Un’ petit’ fleur dans les poumons

Occis par l’aigue-marine

Le clair de lune et les démons.

On n’verra plus de miracle

Aux bords du gave, au Val d’enfer

Refermons le tabernacle

Dieu pass’ la main à Lucifer. »

Momentsoulipiens (Castor Astral, BP 11 – 33038 Bordeaux Cedex) : Un délectable florilège célébrant savamment « les vertus libératrices de l’écriture sous contraintes » à travers le récit de quelques épisodes marquants de la vie d’insignes activistes de l’organisation : Marcel Benabou, François Caradec, Paul Fournel, Jacques Jouet, Jacques Roubaud, etc. Savoureusement doués, totalement déchaînés, espiègles à souhait, les « humorartistes » qui ont bricolé ces textes arrivent astucieusement, comme ils le désiraient, « à faire rimer des situations ou des personnages comme on fait rimer des mots ».

Les six livres de Grabinoulor de Pierre Albert-Birot (Jean-Michel Place) : La réédition d’un ensorcelant délire pyromanesque aussi dodu (plus de 1000 pages !) que diaboliquement imaginatif. Un malicieux inédit du même Albert-Birot sur les incartades du Temps, Mon ami Kronos, vient de sortir chez Zulma.

Les Sonnets de Shakespeare (Gallimard Poésie) : Un Shakespeare qu’apparentent parfois au cher Diogène le mépris des simulacres et le dégoût des honneurs. « Pourquoi me soucierais-je d’avoir un titre / Par quoi mon apparence en encenserait d’autres / Ou, pour l’éternité, de me bâtir un socle / Plus tôt ruiné que par l’usuelle ruine ? ».

Les Recherches de Raymond Queneau sur les « fous littéraires » de Shuichiro Shiotsuka (Eurédit : BP35 – 32150 Cazaubon cedex – FR) : Fondateur de l’Oulipo et pierre angulaire du Collège de Pataphysique, Raymond Queneau s’est attaché, au début de sa carrière, à la réalisation d’une anthologie du savoir aberrant intitulée L’Encyclopédie des sciences inexactes, qui a notamment débouché sur des recherches poussées sur les fous littéraires du 19e siècle. Le docteur ès lettres Shiotsuka, traducteur de Georges Perec en japonais, fait balèzement le point sur ces travaux passionnés en s’étonnant que la plupart des exégètes et chercheurs queniens (comme on dit) aient ouvertement boudé tout ce chapitre de l’existence de l’auteur de Zazie dans le métro.

A lire en complément deux études géniales (et je pèse mes mots), parues toutes deux aux éditions des Cendres (8, rue des Cendriers, 75020 Paris) :

Bibliographie des fous de Charles Nodier (1835), qui est à la base de la quête de Queneau, et A propos des fous littéraires d’André Blavier, un entretien à bâtons rompus avec l’autre grand spécialiste de ces fous-là, le fantasmagorique ex-bibliothécaire de Verviers, André Blavier.

Savoureuse Roumanie de Radu Anton Roman (Noir sur Blanc, 1147 Montricher – Suisse) : Les recettes culinaires, Alexandre Dumas nous l’avait prouvé avec son fameux Dictionnaire de la cuisine, peuvent aussi relever de la poésie la plus enivrante. C’est le cas de ce traité de gastronomie roumaine tout à fait dingo. Nous avons retenu pour vous, « les fêtes approchent, la confiture de nénuphar ».

Ingrédients : 1 kg de sucre, 1 citron, 40 à 50 pétales de nénuphar, frais, pleins de sève.

« Laver et hacher les pétales de nénuphar, les presser pour en extraire le jus, puis les mettre à bouillir dans quatre-vingts centilitres d’eau bouillante, pour en faire une pâte. Dissoudre le sucre dans un litre d’eau chaude avec le jus de citron, et faire bouillir. Egoutter la pâte de nénuphar dans une passoire, au-dessus du jus. Verser le liquide ainsi obtenu sur le sirop, et faire bouillir à feu vif, jusqu’à ce que la confiture s’épaississe ».

Chier dans le cassetin aux apostrophes… et autres trésors du vert langage des enfants de Gutenberg de David Alliot (Horay ) : L’argot des métiers du livre qui fait dorénavant l’objet d’un truculent dictionnaire, c’est aussi fort souvent de la poésie en fusion. « Avoir une sauterelle dans la guitare : variante d’avoir une araignée dans le coloquinte ou d’avoir un hanneton dans le plafond » ; « déclencher une chèvre : crier un mécontentement » ; « grosse bouteille : désignait autrefois un gros livre. De nos jours, on dirait un pavé » ; « une flanelle : un client qui part sans rien acheter ».


BAKCHICH PRATIQUE
LE CLUB DES AMIS
BEST OF
CARRÉ VIP
SUIVEZ BAKCHICH !
SITES CHOUCHOUS
Rezo.net
Le Ravi
CQFD
Rue89
Le Tigre
Amnistia
Le blog de Guy Birenbaum
Les cahiers du football
Acrimed
Kaboul.fr
Le Mégalodon
Globalix, le site de William Emmanuel
Street Reporters
Bakchich sur Netvibes
Toutes les archives de « Là-bas si j’y suis »
Le locuteur
Ma commune
Journal d’un avocat
Gestion Suisse
IRIS
Internetalis Universalus
ventscontraires.net
Causette
Le Sans-Culotte