Deux challengers pour succéder au président en fin de règne, Lansana Conté
Depuis le temps que la chute de Lansana Conté, le président guinéen, est annoncée, son clan a eu le temps d’organiser la succession. Et espère que ses plans n’ont pas rouillé dans les tuyaux.
Mai 2006, grève des professeurs, 9 jours. Pas de quoi s’affoler pour le régime. Juin 2006, grève générale, 9 jours, répétition amusante mais pas gênante. Bien heureusement les pauvres travailleurs guinéens doivent aussi se nourrir. Et la manifestation, ça ne se mange pas. À la rigueur, les manifestants dégustent quelques balles. Une vingtaine d’étudiants en ont ainsi fait les frais.
Depuis le début de la grève générale, lancée le 10 janvier et très suivie, les chiffres ont subi une petite inflation. 33 « marcheurs pacifiques » sont tombés sous le feu gouvernemental. Les mêmes causes ont produit les mêmes effets. L’augmentation du coût du carburant, de la nourriture… d’un peu tout en fait, ont lancé les Guinéens dans la rue.
Et une fois n’est pas coutume, Lansana Conté a bougé. Un miracle encore inexpliqué. Entre son diabète et sa leucémie, le général putschiste, arrivé au pouvoir en 1984 après la mort de Sékou Touré (le premier président guinéen), n’a plus que quelques instants de lucidité par jour. Victime d’un accès de clairvoyance présidentielle, Fodé Bangoura, ministre des Affaires présidentielles et homme fort du régime a été viré le 19 janvier dernier. Sans motif officiel. Une tête sacrifiée sur l’autel de la contestation… et de la succession.
Le clan présidentiel ne désespère pas de se maintenir au pouvoir, une fois le vieux écarté. Et sans introniser le fifils, pourtant patron de la garde présidentielle. « Le clan présidentiel et la première dame savent très bien que personne ne veut d’Ousmane », se félicite une barbouze en villégiature à Conakry.
Restent deux scenarii.
Si la rue se calme, l’intérim sera confié au nouveau ministre des Affaires présidentielles, Eugène Camara. La médiation de la Première dame Henriette Conté et l’annonce de la nomination d’un Premier ministre indépendant s’inscrivent dans ce cheminement. Encore faut-il que les manifestations ne se transforment en insurrection.
En ce cas, une méthode plus prosaïque serait employée : l’appel à un « sauveur ». Prévoyant, le chef d’État major Kerfalla Camara s’est rendu à Paris en février dernier, histoire de se faire adouber. Ancien du régime de Sékou Touré et du Comité militaire de redressement national (CMRN) qui lui succéda en 1984 – avant que Conté n’y fasse le ménage – Camara connaît la maison, ses méthodes, a obtenu l’onction du clan présidentiel. Et l’important bataillon de « Rangers guinéens », formé et équipé par le soin d’anciens officiers américaines et français, lui est tout dévoué. Une assurance tout-risque. « Conté ne passera jamais la main en dehors de son clan », confirme un haut-gradé.
Même proches de la fin, les proches de Lansana ne veulent pas s’en laisser Conté.