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Le Viagra fait aussi bander les muscles

7e ciel / dimanche 7 décembre 2008 par Dr Jean-Pierre de Mondenard
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L’agence mondiale antidopage se pose de drôle de questions. A savoir si le Viagra est un produit dopant. Son comité scientifique a même commandé une étude. Gentiment Bakchich propose son analyse.

Le Comité scientifique de l’Agence mondiale antidopage (AMA) attend les résultats de deux études qu’elle a financées dans le but d’étudier les aptitudes du Viagra® à booster les performances respiratoires à haute altitude. Ce travail recommandera ou non au Comité exécutif de l’Agence de rajouter la pilule bleue sur la liste des produits interdits révisée pour 2010.

Lorsqu’on sait que le Viagra® a pénétré les enceintes sportives depuis le début des années 2000, on constate une fois de plus que le pouvoir sportif chargé de réguler la triche médicamenteuse est très dur à la détente.

Le Viagra® - la petite pilule bleue - en dehors d’améliorer les performances sexuelles pour grimper au septième ciel, faciliterait également le rendement des sportifs d’endurance (cyclisme, marathon, ski de fond…), des alpinistes et des chevaux de course.

Compte tenu de cette propriété de booster les performances musculaires, le plus souvent ignorée du grand public, il nous paraît intéressant d’en aborder les différents aspects tout en rappelant que, comme la quasi totalité des médicaments, le Viagra® provoque des effets secondaires pouvant être très sérieux, notamment chez les cardiaques.

Qui peut grimper au 7e ciel peut monter à 8000 mètres

Pour les compétitions amoureuses comme pour les épreuves athlétiques, la quête de l’homme tend constamment vers la découverte de la « pilule » permettant de faire la différence.

Depuis 1998, le sildénafil (Viagra®) a démontré qu’il était performant pour accroître l’érection, mais parallèlement on a découvert qu’il intervenait positivement et sélectivement sur la vasodilatation pulmonaire, fonction limitante des activités d’endurance maximale ou altérée lors des efforts en altitude…

Ainsi, aujourd’hui, le Viagra® se trouve en bonne place aussi bien dans la pharmacopée du Don Juan que dans celle des sportifs où un supplément d’oxygénation musculaire booste la performance maximale, ainsi que dans celle de l’alpiniste de l’extrême. Car c’est bien connu, qui peut « grimper au 7e ciel » peut atteindre un 8 000 m !

Le Viagra hors alcôves

Déjà en 2001, nous avions signalé dans la presse sportive que le Viagra® (sildénafil), médicament commercialisé pour les troubles de l’érection, s’était échappé pratiquement incognito des alcôves douillettes pour rejoindre les camps d’altitude afin de limiter le mal aigu des montagnes (MAM). L’équipe du Pr Martin Wilkins du Centre National de Cardiologie de l’Hôpital Hammersmith , dans l’Ouest de Londres, a démontré que l’enzyme qui gênait l’afflux du sang dans le pénis chez des personnes en difficultés érectiles provoquait aussi des difficultés respiratoires dans un air appauvri en oxygène. En somme, les poumons se comportent comme les corps caverneux de la verge, subissant une vasoconstriction des artères qui empêche une bonne oxygénation.

Hippisme – Des étriers, une selle en cuir, une cravache et… du Viagra®

Le 16 mai 2005, on apprend, sans que cela soit vraiment surprenant, que la police italienne a découvert un hippodrome clandestin où la mafia locale organisait des courses truquées avec des chevaux dopés au Viagra® et à d’autres médicaments. La piste, construite illégalement, utilisée dans le plus grand secret et que les initiés désignaient sous le nom de code de « Miss Charmet », est située à proximité de la ville de Naples ; berceau de la Camora (version napolitaine de la Mafia sicilienne). « Nous pouvons certifier l’usage du fameux (médicament) Viagra® pour améliorer les performances des chevaux » a déclaré le commandant de police Mario Pantano à des télévisions locales. L’hippodrome et les chevaux ont été confisqués par la police qui les estime à une valeur totale de cinq millions d’euros. Si le commandant n’a donné aucun détail sur la façon dont le Viagra® utilisé pour soigner l’impuissance sexuelle masculine, pouvait influer sur la vitesse des chevaux, on sait que c’est en inhibant une enzyme qui intervient dans la vasoconstriction des artères que le sildénafil booste les aptitudes respiratoires du compétiteur qu’il soit bipède ou quadrupède. Dans la mesure où la très prisée érythropoïétine et la non moins fameuse homotransfusion (avec le sang d’une personne compatible) sont de mieux en mieux traquées par les laboratoires antidopage agréés par l’AMA, il est à parier que le Viagra® non encore prohibé (pour l’instant) sera probablement présent dans la pharmacie top niveau des compétiteurs autant sous la couette que sur les aires sportives des prochains évènements sportifs planétaires, tels que tournois de tennis du grand chelem, Tour de France, mondial de football, Jeux olympiques d’hiver à Vancouver au Canada, etc.

Or, le Viagra® inhibant l’action de cet enzyme stimule la turgescence du sexe masculin et la dilatation des vaisseaux sanguins pulmonaires. Aujourd’hui, les aptitudes sur l’appareil respiratoire du petit comprimé bleu intéressent de plus en plus les spécialistes de la haute montagne. Conséquences : les études consacrées au sildénafil se multiplient. L’une des dernières en date a eu pour théâtre le Mont-Blanc. Douze volontaires ont été héliportés le vendredi 11 juillet 2003 à l’observatoire Vallot (4 360 m) près du plus haut sommet des Alpes où ils ont testé pendant six jours les effets secondaires du Viagra®. Ce test clinique, incité par le docteur Jean-Paul Richalet, professeur de médecine à l’université Paris 13e et directeur scientifique de l’association pour la recherche en physiologie de l’environnement, vise à observer les effets du sildénafil, principe actif contenu dans le Viagra®, sur l’hypertension pulmonaire et les maladies liées à l’altitude.

De l’érection des performances

Ce sildénafil a déjà été exploré pour soigner l’angine de poitrine et pourrait permettre de lutter contre le mal des montagnes (MAM). Les douze hommes, âgés d’une cinquantaine d’années, ont pris du Viagra® alors que, parallèlement, ils pédalaient sur des vélos d’appartement et étaient suivis par quatre médecins présents à l’observatoire Vallot. Résultat ? La moitié ayant pris du Viagra® avait des performances nettement supérieures, et respirait bien mieux. Leur circulation sanguine était aussi plus fluide. Compte tenu de ces premiers résultats prometteurs publiés en janvier 2005, on doit s’attendre à une diffusion massive du médicament dans les trekkings d’altitude.

Et dans le cuissard ?

D’autres équipes sont sur le même créneau de recherche. Au mois d’août 2003, ont eu lieu deux expériences similaires à celle du refuge Vallot. L’une a été menée par des scientifiques suisses à la cabane Regina Margherita – le plus haut refuge d’Europe (4 559 mètres) construit il y a plus d’un siècle (1893) sur l’initiative du célèbre physiologiste italien Angelo Mosso – situé sur le versant italien du Mont-Rose, et l’autre en Californie à White Mountain (4 000 m).

Du Viagra® dans la musette

Le Viagra® (sildénafil) serait utilisé aussi à grande échelle au niveau du peloton cycliste ! Selon une enquête réalisée par la Gazet van Antwerpen, le produit circule en effet depuis le milieu de l’année 2004 dans le peloton. Il améliorerait sensiblement les performances des cyclistes, notamment dans le cadre de stages en haute altitude. Le problème est d’ailleurs évoqué dans les sphères sportives se préoccupant des contrôles antidopage. « Maintenant, nous laissons l’enquête se poursuivre, afin de voir si le Viagra® a également des effets dans le cadre d’altitudes plus basses. Mais ce produit doit être mis sur la liste des produits dopants, vu qu’une consommation en grande quantité est dangereuse pour la santé », commente le docteur Reno Roelandt, membre du Comité olympique belge et de l’AMA. De même, le quotidien Le Monde dans son édition du 24 juillet 2005, sous la plume de son envoyé spécial sur la route du Tour de France à Le Puy-en-Velay, témoigne sur la présence du Viagra® dans les liquides biologiques des forçats de la route : « Dans les laboratoires antidopage, les chercheurs n’en reviennent toujours pas de leur découverte : un nombre croissant d ‘échantillons d’urine prélevés sur des athlètes, et en particulier des cyclistes, laisse apparaître la présence de Viagra®. » Trois ans plus tard, le même quotidien (Le Monde, 25 novembre 2008) rapporte qu’en 2006, l’Université américaine de Stanford, en Californie, avait soumis des cyclistes ayant consommé du Viagra® à une épreuve contre la montre de 10 km disputée à 3 870 m d’altitude et que les coureurs dopés à la petite pilule bleue avaient boosté leurs performances de près de 45% ! Pour l’heure, l’AMA n’envisage pas d’inscrire le médicament des pannes érectiles sur la liste des produits interdits, en tout cas pas avant 2010. Et contrairement au cannabis le cantonne encore à un usage festif. De notre côté, nous espérons que l’AMA avec son nouveau président fraîchement élu, l’Australien John Fahey, n’attendra pas que l’ensemble des compétiteurs licenciés, en dehors des activités d’alcôves, ne carburent au Viagra® pour le coucher sur la liste rouge d’autant qu’il est facile à déceler lors d’un contrôle antidopage.

Déjà au printemps, au camp de base de l’Everest, à 5 400 m d’altitude, des chercheurs allemands de l’université de Giessen, aidés de 120 porteurs et de 50 yacks pour le transport du matériel, avaient testé le Viagra® sur 14 alpinistes tentant l’ascension du Toit du monde.

Les hôtesse du Tour ne font plus effet

Il est à craindre que le sildénafil ne concerne pas que les amateurs de régions escarpées accessibles seulement à pied ou à dos de mulet mais aussi tous les sportifs grimpant avec du matériel tel les cyclistes du Tour de France dans les étapes de montagne. D’ailleurs, tout récemment, en mai 2008, lors du Tour d’Italie, les carabiniers ont découvert 82 pilules de Viagra® dans la voiture du père du coureur Andrea Moletta. Le cycliste du team Gerolsteiner, âgé de 29 ans, a été suspendu dans la foulée. Mais le doute persiste quant à la véritable finalité de la consommation de Viagra® chez un compétiteur d’endurance : usage ludique ou sportif ? En effet, la répétition des efforts sur plusieurs semaines éteint radicalement la libido ; c’est ce que confirme Florent Bard, le champion de France de cyclisme sur route 2006. Il va même jusqu’à formuler l’équation vélo = zéro libido qu’il commente ainsi : « Durant les premières étapes, j’y pense encore, « ça » me turlupine, mais ensuite ça va en déclinant ! Même les hôtesses du Tour ne me font, presque, plus aucun effet. Enfin, passons… Car ma femme est un peu jalouse ! Plus sérieusement, avec la fatigue qui va très vite pointer et s’installer, soyons clairs, je ne vais plus du tout penser au sexe. Mais alors plus du tout. »

Parallèlement, lorsqu’on apprend que les femmes des coureurs sont omniprésentes à l’arrivée des étapes, on peut comprendre que les géants de la route veulent rester aussi les géants de la couette en stimulant leur flamme défaillante grâce au Viagra®.

Le fléau des alpinistes

Le mal d’altitude peut affecter toute personne qui monte à plus de 2 500 mètres, sa prophylaxie médicamenteuse attire les convoitises des laboratoires pharmaceutiques. Rappelons qu’en dessous de 2 000 m d’altitude, 10 à 15% des personnes l’éprouvent ; entre 3 000 et 4 000 mètres, ils sont 50% à en souffrir et ce chiffre passe à 75% entre 4 000 et 5 000 mètres. La baisse de la pression partielle d’oxygène dans l’air, d’autant plus importante que l’altitude atteinte est élevée, est à l’origine de cette pathologie. Celle-ci est, dans la plupart des cas, bénigne et spontanément régressive, mais peut parfois évoluer vers l’œdème cérébral de haute altitude (OCAH), potentiellement mortel. D’un autre côté, la marche en haute montagne n’est plus une affaire de spécialistes hyperentraînés. On trouve de plus en plus de citadins ayant une condition physique très éloignée des exigences de l’effort en altitude dont certains, moyennant finances, se font tracter en haut de l’Everest. Le Népal accueillerait ainsi chaque année plus de 60 000 randonneurs en provenance des pays occidentaux. Par exemple, en 1997, un petit pays comme la Suisse en fournissait un contingent de… 8 000 ! Parmi tous ces trekkeurs, nombreux ont dépassé la quarantaine et ont des systèmes vasculaires plus ou moins performants. Souvent, les organisateurs de voyages sportifs et les professionnels de l’aventure poussent à la consommation en conseillant à leurs adhérents de se faire prescrire des médicaments anti-MAM (corticoïdes, diurétiques, acide acétylsalicylique et aujourd’hui Viagra®). Ce sujet a bien sûr sa place dans une chronique sur le dopage car si prendre du Viagra® pour affronter les dénivelés n’est pas du dopage, il faut arrêter séance tenante de débattre sur cette dérive de la compétition contre les autres mais aussi contre soi-même !

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Le grimpeur Riccardo Ricco, vainqueur de deux étapes de montagne contrôlé positif, une équipe soupçonnée de complicité et c’est l’emballement médiatique. Toujours cette drôle d’idée qui s’incruste dans le public et même chez les professionnels : le Tour de (…)
Le Tour de France a dévoilé son tracé ce matin à 11 heures. Mais la grande boucle a déjà perdu un partenaire. Les grandes chaînes allemandes ont renoncé à la retransmettre : le dopage mine l’audimat.

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4 MESSAGES

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  • Le Viagra fait aussi bander les muscles
    le mardi 13 janvier 2009 à 18:00, jpm a dit :
    depuis plusieurs annees le viagra est courant dans le cyclisme en belgique et surtout chez les femmes
  • Le Viagra fait aussi bander les muscles
    le lundi 29 décembre 2008 à 19:20, dérision a dit :
    Déconseillé pour la pratique du ski, le planter de bâton devient en effet périlleux !
  • Le Viagra fait aussi bander les muscles
    le mardi 9 décembre 2008 à 11:14
    Commentaires du Dr JPDM : Moi, personnellement, ça ne m’est jamais arrivé (15 000 km par an à vélo) ! La pratique du cyclisme provoque plutôt une détumescence de la verge. En revanche, lors de l’arrivée d’une classique de fin de saison, le vainqueur - lors d’un contrôle antidopage - présentait une érection qui ne l’avait pas empêché de dominer le final de l’épreuve. Ce géant de la route était connu dans le milieu du peloton comme une "chaudière" aux amphétamines, un dopant très répandu qui a, comme effet secondaire, de provoquer une érection.
  • Le Viagra fait aussi bander les muscles
    le dimanche 7 décembre 2008 à 09:12, moravagine a dit :
    Je ne sais pas si cela vous est déjà arrivé de bander sur une selle de vélo, mais c’est une situation fort peu confortable ! Je plains ces pauvres forçats de la route !!!!
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