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MODES DE VIE / Le billet d’Alain Riou

Le diable par la queue

Vade retro / mercredi 8 décembre 2010 par Alain Riou
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Qu’il est enivrant et jouissif de se laisser bercer par les forces du mal sous le soleil de Satan !

J’entretiens avec le diable des rapports affectueux mais distants. Dès ma plus tendre enfance, on me fit comprendre que l’ange du mal est plus distrayant que celui du bien, et la fréquentation des Contes de Grimm me donna grande envie de faire la connaissance du Malin. J’avais beaucoup d’adversaires, surtout parmi mes camarades de classe, et l’idée qu’un démon tout dévoré à ma cause puisse venir les tirer par les pieds me plaisait beaucoup. J’entrepris en conséquence des manoeuvres d’approche et m’aventurai une nuit jusqu’au fond du jardin de ma grand-mère où, après avoir frappé trois fois le sol du pied, mais trop mollement sans doute, je murmurais d’une voix blanche : « Diable, viens ! »

vendre son âme

Rien ne m’arriva, hormis une telle chair de poule que je n’osais plus, par la suite, reprendre l’expérience avortée. Puis la vie me mit en contact plus rapproché avec Satan. Aujourd’hui, je suis invité à me pencher sur des films de dixième ordre, où les forces du mal tiennent une grande place. Cette activité n’est pas sans charme. Pour guider mes lecteurs, j’étudie de près les programmes de chaînes pittoresques et le résumé de ce qu’on y voit confine souvent à la poésie : « Une jeune fille kidnappée pour servir de cobaye lors d’expériences vampiriques. Les vrais coupables : des savants peu scrupuleux. » Ou encore : « Un savant teste sur lui-même la machine révolutionnaire qu’il vient d’inventer : il se transforme en créature meurtrière chargée d’électricité. »

Pour les petites heures de la nuit, il existe des versions plus salaces. Je retiens The Devil In Miss Jones, parodie du célèbre The Devil And Miss Jones, classique américain signé Capra dans lequel le tycoon d’un magasin se déguise en employé pour découvrir pourquoi on ne l’aime pas. Dans la version porno, Miss Jones se suicide parce qu’une cruauté de la nature l‘a frappée de frigidité. Lorsqu’elle arrive en enfer, Satan s’empresse de la guérir et la pare d’une frénétique nymphomanie. Je serais moi-même prêt à payer un certain prix pour qu’un tel châtiment frappât ma petite amie, trop souvent peu motivée. Hélas, je ne sais comment m’y prendre.

Morale : de nos jours, vendre son âme au Diable n’exige qu’un peu de détermination. Tout le problème, c’est de décrocher un rendez-vous.

…..


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