Le risque exogène ne provient pas nécessairement d'un ennemi déterminé à nuire, mais peut résulter simplement de l'existence pesante d'un puissant voisin (Etats-Unis, Chine, Allemagne). Le risque peut aussi être "anonyme" (mouvements de capitaux, prix mondiaux, pollution, épidémie...) et provenir non pas des relations entre nations mais du mode de fonctionnement de la société mondiale.
Les stratégies à l'égard des risques exogènes diffèrent profondément selon que leur origine est géographiquement bien déterminée (l'ennemi de l'extérieur, le pertubateur, le client défaillant) ou provient de l'ordre des choses.
Dans le cas du risque bilatéral, on se trouve dans la situation de conflit bien connue dans l'histoire. Une ligne de clivage importante sépare les cas de désordre chez autrui (guerre civile en Somalie ou au Rouanda) dont l'impact reste marginal (défaut de remboursement de la dette, menaces aux voyageurs), des cas où le désordre est importé sur le territoire national et porte atteinte aux intérêts vitaux (invasion militaire ou guerre économique).
Dans le cas du risque multinational, le diagnostic et la réaction sont moins évidents et se résument au dilemme suivant:
l'ordre du monde est-il perfectible et si oui comment le modifier; l'ordre du monde est-il inéluctable et si oui comment s'y adapter?
Entre les deux positions, il est vrai, on peut toujours essayer de choisir temporairement l'immobilisme de l'isolation.
A- LES RISQUES ECONOMIQUES:
1°) Nature et degré des risques
a) Agression : la Guerre économique.
Les modalités de l'agression économique sont étudiées plus en détail dans le chapitre consacré aux entreprises.
Fermeture des frontières: embargo sur les ressources et sur les marchés
Blocage ou expropriation d'un bien matériel: non paiement, blocage des profits, fiscalité
Il y a une part de rhétorique à usage interne dans la communication centrée sur "la Guerre économique". Certes la concurrence est souvent rude mais ne résulte-t-elle pas de l'adoption d'un système libéral souhaité par tous?
Certes des moyens peu conformes sont parfois adoptés mais qui en est vraiment innocent, et n'existe-t-il pas pour cela des voies de règlement hors de la "guerre économique"?
Certes des pays disposent d'avantages naturels ou humains, mais le commerce libéral ne vise-t-il pas précisément à faire jouer l'avantage comparatif, en principe pour le plus grand bien de tous?
Certes de nouveaux venus dans l'échange menacent nos positions acquises, mais n'est-ce pas précisément en leur faisant une place que nous nous créons des clients ...et que nous limitons certains désordres rendus inévitables par la pression démographique des pays du Sud?
Bien sûr, il faut veiller à la préservation des règles du jeu admises par tous et ne pas croire aveuglément à l'innocence de tous les partenaires. Mais le contexte des relations économiques est bien celui de la coopération et non de la guerre.
Il faut adopter le concept de guerre économique dans la stricte mesure où cela suscite l'adrénaline de nos industriels engourdis par la protection de l'Etat, un peu comme le lyrisme des commentateurs sportifs peut pousser sur les stades une nation peu portée à l'effort physique.
b) La déstabilisation :
Elle est beaucoup plus fréquente et sans doute plus pernicieuse que la guerre économique.
* la compétitivité d'autrui; les effets de domination par les entreprises, les techniques, les capitaux, les prix, la commercialisation...
* l'inflation importée à travers le prix des matières premières (pétrole?), les taux d'intérêt et de changes etc...
* les capitaux fluctuants (hot money) qui destabilisent la Bourse, les émissions d'emprunts publics, les changes.
* les effets de conjoncture : demande excessive ou récession à l'étranger.
2°) Les "bonnes politiques":
a) Le Nationalisme économique? protection, représailles et contre-mesures.
Un gouvernement accorde la préminence aux préoccupations internes dans certaines circonstances:
- quand la situation intérieure est "objectivement" grave (récession, inflation généralisée) et peut déboucher sur une perte d'efficacité de l'Etat, voire une contestation de sa légitimité;
- quand un secteur essentiel est menacé ou s'estime menacé (qu'est-ce qu'un secteur essentiel, qu'est-ce qu'une menace, existe-t-il d'autres solutions que la fermeture extérieure);
- quand une grande partie de l'opinion se mobilise par solidarité envers une cause qui au fond n'est pas vraiment la sienne (sympathie générale envers les grévistes de toutes natures malgré les inconvénients qu'ils suscitent); ou quand un politicien peut la mobiliser en sa faveur. Les périodes électorales et les "périodes de grâce" sont favorables aux grandes manoeuvres de recentrage national.
b) La Coopération?
c) L'action pour un Nouvel Ordre économique mondial?
B- LES RISQUES POLITIQUES
1°) Nature des risques:
Que peut craindre un état de "l'ennemi extérieur"?
- une agression généralisée (guerre totale) ou partielle (attentat, guerre limitée);
- la perte d'une portion de territoire (îles Falkland, Chott el Arab), d'un élément de patrimoine (navire, usine...), ou d'un droit matériel (refus de rembourser une dette);
- la menace sur des avantages acquis (pétrole à bas prix, droit de commercer, émigration...)
Beaucoup plus difficiles à mesurer:
- les atteintes aux intérêts moraux et à l'image du pays (otages de l'Ambassade des Etats-Unis à Téhéran, domination de Hollywood sur les écrans du monde);
- la déstabilisation : mise en question de l'efficacité de l'Etat et de sa légitimité. Elle peut résulter de la désinformation appuyée sur des groupes de nationaux (Cinquième Colonne, agents d'influence, associations intégristes, émissions par satellites, transistors et cassettes
etc...). Elle peut aussi procéder plus directement par attentats, sabotages, corruption, chantages.
-l'effet de domination résultant d'une dissuasion explicite (la dissuasion nucléire a empêché les Occidentaux d'intervenir dans les pays de l'Est jusqu'en 1990), ou implicite ("finlandisation", neutralité fortement suggérée).
2°) Les politiques:
a) Politiques de puissance nationale :
Dans une conception réaliste du monde, les états sont livrés à eux-mêmes. La recherche de la sécurité passe par l'accumulation de puissance, c'est-à-dire essentiellement la puissance militaire. Mais aussi, la puissance économique qui la soutient : accès privilégié aux ressources, implantations stratégiques pour le contrôle des marchés.
Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la politique des états industrialisés (OCDE, URSS) est basée sur la puissance de dissuasion et de représailles. Cette politique a contribué à l'absence de conflit armé direct depuis cinquante ans.
Dans le même temps, les pays du Sud ont fréquemment recouru à la guerre : pour l'accès à l'indépendance (Maghreb, Afrique Noire portugaise et britannique), pour le règlement des litiges nés de l'indépendance (continent indien), pour les différends classiques (Chine-Inde ou Chine-Vietnam, Iran-Irak)
b) Politiques de coopération bilatérale et régionale:
Les alliances militaires (OTAN,UEO) et intégrations régionales (Union Européenne) visent à reporter au niveau supérieur l'entité significative pour la puissance
c) les politiques de coexistence pacifique et de détente : ne fournissent pas de solution de fond mais assurent une sécurité relative dans le bon voisinage.
C- LES RISQUES SOCIAUX :
1°) La déstabilisation d'une société peut provenir :
- de déséquilibres démographiques, notamment des déplacements massifs de populations;
- d'un accident de société : risque biologique (épidémie importée), pollution majeure (Chernobyl?);
- d'un changement profond des modes de vie : de l'agriculture à l'industrialisation, de la vie rurale à la concentration urbaine, l'essor de modes de consommation accroissant la dépendance envers des produits importés...
- du mouvement des idees : "acculturation" par l'influence étrangère, prosélytisme de sectes ou d'intégrismes.
2°) Les politiques sociales :
Les états, comme les entreprises et les familles sont plutôt conservateurs : ils souhaitent la certitude visible et si possible la stabilité des structures et systèmes en place.
a) peut-on se protéger des influences inter et transnationales dans le domaine social?
La fermeture physique des frontières aux échanges de biens et de personnes a été jusqu'à récemment le principal instrument dans les pays socialistes ou dans les pays d'immigration contrôlée.
L'imposition de normes nationales (notamment sur les produits à contenu culturel), la défense de la langue (ex: l'Allemagne nazie imposant des mots à racine germanique contre les racines gréco-latines (Fernsprech contre Telefon)
La protection socio-culturelle peut s'appuyer aussi sur la sauvegarde de catégories sociales considérées comme caractéristiques : le paysan français, le pêcheur basque...
Les techniques modernes d'information transfrontières, le jeu des mécanismes économiques subnationaux rendent illusoire de telles tentatives de protectionnisme socio-culturel. Les derniers ilôts "protégés" paraissent des anachronismes (Corée du Nord, Cuba, Tibet...)
b) les politiques d'adaptation socio-culturelle:
Elles reposent sur l'idée que la résistance aux valeurs importées est soit inutile et coûteuse, soit défavorable aux intérêts profonds de la société.
Peu de gouvernements acceptent de proclamer ouvertement qu'ils s'adaptent à la culture américaine ou allemande. Ils procèdent différemment en mettant l'accent sur la compétitivité, sur l'innovation, sur la modernité qui proviennent fréquemment des puissances dominantes et impliquent l'adoption de normes économiques et sociales "modernisées".
Les philosophies de la tolérance (démocratie pluraliste, laïcité, mouvement "politically correct" aux Etats-Unis) ouvrent la voie à ces adaptations.
c) les politiques d'expansion socio-culturelle:
La domination militaire est parfois utile à l'expansion culturelle (colonisation de l'Afrique, l'Islam en Espagne ou dans l'Empire byzantin...). Mais elle n'est pas suffisante (conquise par Rome, "la Grèce a conquis ses farouches vainqueurs") ni indispensable (occidentalisation de la Russie par Pierre le Grand, de la Turquie par Ataturk).
Les politiques spécifiques d'expansion culturelle à l'étranger s'appuient :
- sur la promotion de la langue et des oeuvres de civilisation par la voie officielle des attachés culturels mais plus encore par l'implantation internationale des media, les satellites de communication etc...
- sur la promotion de techniques impliquant des normalisations de comportements : ex: le comportement anglo-saxon des cambistes, des pétroliers, des personnels navigants;
- sur la migration de personnes influentes: cadres intellectuels formés dans la puissance dominante puis réintégrés dans leur pays d'origine, dirigeants d'entreprises ou "agents d'influence" voyageant ou implantés à l'étranger.
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