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Vapes

La crise vue de 2012

31 mai 2010 à 11h13
Nous sommes en 2012 et la crise n’a pas été jugulée. Voyage au-dessus des décombres.

2012, entre-deux tours des élections… il fait gris… froid et humide sur la capitale qui se réveille fumante, après une nouvelle nuit d’émeutes. J’ai dû me prendre une balle perdue — à moins que ce ne fût un acte de vengeance froide.

Je vole, littéralement, au-dessus des rues de Paris. C’est un vrai champ de bataille… Le sol est jonché de promesses électorales, de bilans d’entreprises, de chômage à 20% et la croissance se fait pilonner sans cesse par les dettes, les dépenses de l’État et la spéculation…

Là, dans une tranchée, je vois Nicolas S. courant à petites foulées. Il semble très concentré pour arriver à l’heure. Dans sa main, il tient une photo Polaroïd de lui en costume aux côtés de Mireille Mathieu, la mention "55%" inscrite en bas. C’était le bon temps ! Il n’est plus le président bling-bling que je connaissais, il porte un t-shirt militant "Stop les fraudes".

Il faut dire qu’il est en campagne, on est proche du deuxième tour. D’ailleurs, derrière lui : Christine L., fidèle au poste, tient la radio. Elle a toujours sa mèche impeccablement volage sur la tête, elle communique avec le président du bout des yeux — "CAC 40 à 2 500 points, 35% d’intentions de vote M. le président — le FN est loin derrière — tout fonctionne comme prévu".

Derrière encore… Attention un Allemand ! Ah non… il s’agit d’une Allemande, c’est Merkel. Apparemment elle suit la petite troupe pour une affaire urgente. Elle s’accroche à son casque alors que les cours de la bourse continuent de chuter à quelques mètres d’elle. Elle a le regard vide, elle qui en a bavé pour convaincre son pays de rester dans la zone…

La dette pour payer la dette

Derrière Merkel il y a un petit homme, il a pas mal de médailles sur son costume — pourtant il a l’air jeune. Je m’approche pour lire son nom : Timothy… Geithner ! Ça doit être un Américain. Il tient une mallette caractéristique de ceux qui ont un plan pour nous sortir de là.

Il faut que j’en sache plus, je ne comprends pas ce qu’ils font là tous ensemble ! Voyons déjà pour Geithner… Je sors ma nouvelle tablette iPad (eh ouais je fais ce que je veux dans mon rêve…) je tape www.mondialisation.ca, et je fais une recherche sur Geithner.

Hum… Je tombe sur un vieil article intitulé "Qui sont les artisans de la débâcle économique ?". Geithner est un proche de Larry Summers, l’ancien secrétaire au Trésor — ils sont l’un et l’autre responsables de trouver des solutions à la crise.

Mon petit doigt me dit que Geithner va convaincre les Européens d’émettre davantage de dette, sinon un nième nouveau plan de sauvetage américain ne servirait à rien. Je découvre que des rumeurs d’attentats contre Wall Street pourraient bien se concrétiser…

Mais où est Barack ? Après les trois plans de sauvetage américain à 1000 milliards de dollars chacun, il doit être en train de faire ses valises… Les républicains lui sont tombés dessus parce qu’il a retiré ses troupes d’Irak laissant le pays dans un chaos sans nom — et les ressources aux mains d’Ahmadinejad.

Idem en Afghanistan où le bombardement d’une base l’a contraint à ramener ses boys sur le territoire. Barack a payé le prix fort… son système de santé coûte trop cher au pays, qui compte 30% de chômeurs. Les émeutes sont quasi-quotidiennes là-bas…

Brancards

Le mois de mai est le pire que nous ayons connu depuis le début de la crise quatre ans plus tôt, la tension est palpable… Dans le sillage de Geithner, il y a une procession de brancards — grecs, espagnols, portugais, italiens…

Sur le premier, Papaconstantinou se fait dévorer le foie, sur le second, Zapatero perd ses castagnettes, sur le troisième, Teixeira dos Santos entame un dernier air de fado… quant au Cavaliere, il s’est saoulé au Chianti et chante Bella Ciao à tue-tête…

Geithner peste dans sa barbe, "shut up holly pigs". La petite troupe arrive cahin-caha dans un bunker. Je traverse les murs pour entendre la conversation…

Ambiance survoltée : "Nous devons agir et vite… sinon le peuple va entrer dans Wall Street et nous allons nous retrouver à poil !" — c’est un vieil homme en costume qui parle, il a l’air furieux. Ils sont des dizaines qui fument le cigare en écoutant le Requiem de Mozart.

"Nos renseignements nous ont fait état de projets d’attentat contre la FED… on ne peut pas rester les bras croisés". "Vous avez voulu jouer aux sauveurs, il faut payer maintenant !" Un gros bonhomme avec un accent français dit : c’est ça ou le FMI…". Un Anglais vacille, il dit qu’il connaît bien les méthodes du FMI et qu’aucun Etat ne devrait avoir à passer par là…

Au milieu de la foule, un homme, élégant est assis sur une chaise, il a une pile de document en face de lui tient sa tête entre les mains. "Tu dois signer Barack !" crie l’assemblée à l’unisson… Et çà et là : "Ton dollar ne vaut plus rien !" "La Chine ne veut plus de tes T-Bonds, signe !". C’est bien lui, il est là, déçu… il pense à son peuple et à sa femme.

Tout l’argent du contribuable européen et américain réuni dans un seul texte, à disposition des banques, sans conditions, sans possibilité de contrôle. Il s’agit d’un grand rapt, du triomphe de la Finance. Barack signe, on fait une photo où tout le monde à l’air content.

"La situation est sous contrôle"

Je regarde Nicolas, il a l’air plus stressé que d’habitude, il envoie des SMS à l’agence de Séguéla pour préparer un discours sur les fraudes. Il envoie un autre SMS "François, tu te débrouilles, on maintient le bouclier." Christine tient toujours sa radio, je l’entends parler à l’AFP : "Nous sommes réunis entre gentlemen, la situation est sous contrôle."

Je suis écœuré, je prends un peu de hauteur pour respirer…

Ultranationalistes et néo-staliniens tiennent les barricades… Un Français sur cinq est au chômage… On fait la queue à la soupe populaire, au Pôle emploi… les supermarchés sont pillés… les caméras de surveillance pullulent… la nuit, on chante "le temps des cerises".

Je monte un peu plus encore…

L’Europe est dans sa pire situation depuis sa création. Chacun est replié sur lui-même. C’est la Grande Crise des États. Ils se sont fichus dedans en essayant de sauver les grandes banques. Ils n’ont pas songé une minute à sauver leurs fesses, c’est trop tard maintenant.

L’euro s’est torpillé par excès d’émissions obligataires et monétaires… Les retraites du secteur public sont divisées par deux dans certains Etats, le salaire des fonctionnaires diminué de 15%… alors que l’inflation règne…

Je monte enfin pour avoir une vue d’ensemble…

Les Chinois sont à 5% de croissance, ils tirent les ficelles avec, dans une moindre mesure, l’Inde et la Russie. On se débarrasse des réserves de change libellées en dollars et en livres sterling — le pétrole est indexé sur l’or qui lui-même culmine à plus de 2000 $ l’once.

On ne parle plus d’économie mondialisée mais multipolaire. Les émergents refusent de nous aider selon nos propres règles. La méfiance règne et les embargos se multiplient. 15% de la planète détient 85% des richesses mondiales. On brade le moindre hectare de terre arable.

Je me réveille en sursaut… Un cauchemar. Pour l’instant.

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Indigestion de couleuvres Lagarde, dans le miroir de l’alouette…