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« Excusez-moi, je suis séropositif et… hétérosexuel »

11 décembre 2009 à 06h41

Doit-on s’excuser ou se justifier d’être hétérosexuel et séropositif ?

Quand Gilles Pialoux et France Lert remettent à Roselyne Bachelot un rapport dans lequel ils déclarent « priorité absolue » la prévention chez les homos, ils font pire qu’oublier l’autre moitié hétérosexuelle de l’épidémie. Ils nient son existence et la réduise à une quantité négligeable. Ils l’infériorisent, la réduisant à quelques paragraphes et quelques recommandations qui traduisent surtout leur méconaissance des besoins et des revendications d’une population qui est pour eux secondaire. Leur discours révèle au grand jour une opposition entre populations soigneusement construite et entretenue par une frange réactionnaire du mouvement homosexuel qui considère que seuls les homos ont réellement soufferts (et continuent à souffrir) de l’épidémie, et estime de ce fait que leurs besoins, leurs revendications passent avant ceux des autres.

Le dire ne diminue en rien le drame que vivent les « gays ». Du fait des choix politiques des pouvoirs publics et des associations qui portent les revendications de ce mouvement, une nouvelle génération d’homos se contamine comme si la volonté de la « génération sida » des années quatre-vingt et les acquis considérables obtenus liés à leur place dans la société française avaient été réduits à néant. Mais le drame vécu quand on a le VIH et qu’on est hétéro n’est pas moindre.

Le décryptage des chiffres du sida présentés en 2009 est édifiant, lorsque, comme moi, on lit avec attention ces chiffres depuis 1995.

Il est étonnant de constater que l’Institut national de veille sanitaire (INVS) a mystérieusement baissé de 25% la proportion d’hétérosexuels parmi les nouveaux séropositifs (73% en 2007, 52% en 2008), sans commenter cette baisse ni la lier explicitement à la nouvelle méthode de calcul des chiffres du sida.

Il n’est pas non plus précisé comment est calculé la taille de cette population homosexuelle, alors que ce calcul détermine la prévalence (proportion de personnes touchées) citée en 2009 par l’INVS comme étant « 200 fois plus élevée que parmi les population hétérosexuelle » (selon l’INVS, la prévalence était entre 70 et 100 fois élevée en 2007…) pour justifier la relégation des besoins des hétérosexuels au second plan.

Même avec ces nouveaux chiffres sortis du chapeau gay-friendly de Caroline Semaille, responsable de la surveillance du VIH à l’INVS, en terme du nombre de personnes qui vivent avec le VIH, on se retrouve avec une épidémie coupée en deux : moitié homo (48%), moitié hétéro (52%).

Les discours sur « les femmes » et leur « vulnérabilité » dans l’épidémie ne sont utiles que dans la mesure où ils donnent à celles qu’on prétend défendre de réels moyens pour non seulement se protéger mais pour vivre et se soigner dans la dignité. Et cela ne saurait se faire en oubliant l’autre moitié c’est-à-dire des hommes séropositifs. Ces discours leur laissent, au mieux, le rôle du « méchant contaminateur », responsables et coupables de contaminer des « oies blanches ». Si les inégalités de pouvoir entre hommes et femmes font que c’est souvent l’homme qui décide de la prévention (ou non), la diversité des parcours ne permet pas ce genre de réduction, instrumenté pour mieux diviser et effacer le fait hétérosexuel et familial de l’épidémie du sida en France aujourd’hui.

Reste le fait que parmi les hétéros contaminés, il s’agit majoritairement de personnes issues de l’immigration. L’INVS et les pouvoirs publics parlent de « migrants », une catégorie épidémiologique fabriquée de toutes pièces pour ne pas dire « Noirs et Arabes ». Mais les Noirs et les Arabes baisent avec d’autres gens de toutes les couleurs. Et, là aussi, braquer les projecteurs sur une seule population reviendrait à ériger des protections imaginaires (je ne suis ni Noir et Arabe, donc je ne peut pas avoir le sida) en politique de santé publique…

Un couple hétéro sérodifférent qui risque une contamination lors de chaque rapport sexuel n’a-t-il pas des besoins d’une « priorité absolue » en terme de soutien et de prévention ? Sa volonté de protéger le partenaire séronégatif ou de faire un enfant séronégatif serait-elle « secondaire » ou moins « prioritaire » que les besoins du jeune homosexuel qui multiplie les rapports sexuels non-protégés (parfois en les revendiquant) entre backrooms et plans culs sur le net ?

Que signifie cette volonté de faire passer les besoins d’une seule population avant ceux des autres ?

Ne doit-on pas lutter pour défendre équitablement toutes les populations sur le front du sida ?

Reda

Sidaction : la médiocrité est-elle un motif valable pour ne pas donner ? Plus fort que moi
Mots clés : Homosexualité sida

9 Messages de forum

  • « Excusez-moi, je suis séropositif et… hétérosexuel »

    11 décembre 2009 10:49, par Catherine présidente de l’ARPPI (Association pour le Respect des Proches de (...)

    Reda,

    tu as raison ces personnes ne connaissent pas leur sujet et lisent les chiffres dans l’ordre qui leur plait. Il n’empêche que la réalité est qu’il y a plus d’hétérosexuels que d’homosexuels touchés par l’épidémie malgré leurs déclarations dithyrambiques pré électorales ou élitistes sur le sujet.

    Toutes les personnes qui comme moi ont été sacrifiées sur l’autel du déni dans les années 80 alors que les seringues étaient prohibées, les transfusés sous la houlette d’un autre ministre de la santé de sinistre mémoire, les contaminées hors pratiques homosexuelles, les enfants, les ados, les jeunes majeurs se sentent flingués à bout portant par les propos de Roselyne Bachelot et de ses homologues.

    "Nous les femmes, les hommes hétérosexuels ne sommes pas LA priorité du ministère de la santé".

    Ce problème est un problème récurent qui ne date pas d’aujourd’hui.

    Il y a plusieurs années, j’étais allée de demander de l’aide dans une association connue (dont je tairai le nom pour ne pas lui faire de publicité) et déjà à cette époque un véritable clivage s’installait entre les populations concernées par l’épidémie. Il y avaient les "bonnes victimes" séropositives (les gays) et les autres qui étaient traitées comme quantité négligeable au sein de l’association.

    Je m’étais insurgée contre cette ghettoïsation inacceptable et seuls les gays, ayant le recul necessaire pour l’entendre, la combattait. J’avais même participé à des réunions avec des responsables sur le sujet. D’ailleurs à cette même époque beaucoup d’entre eux avaient quitté l’association pour diverses autres raisons.

    Pendant ces sombres années, j’essayais de convaincre ma fille qu’il ne fallait pas avoir honte de son état sérologique et, me faisant confiance, elle avait dévoilé à la conseillère d’orientaion de son lycée, son statut sérologique. Cette dernière l’avait dévoilé à l’infirmière de l’établissement peu de temps après devant un parterre d’élèves médusés dont certains l’avaient frappé ensuite. Tout ça nous avait mené devant les tribunaux devant lequel aucun membre de cette association ne nous avait soutenues.

    Tout ça pour démontrer jusqu’où peut aller la discrimination et sa non dénonciation surtout.

    Au moment où l’unité devrait être de mise pour enrayer l’épidémie, les écarts se creusent entre les concernés, comme si le sida des homosexuels n’était pas le même que celui des hétéros et qu’il épargnait les uns au détriment des autres. Comme si il y avait d’un côté les méchants contaminateurs et de fragiles femmes alors que la parité, hélas, existe devant la maladie et son mode de transmission.

    Je crois qu’il est temps de saisir la HALDE au regard de tout cela si tant est qu’elle ait une réelle autonomie.

    Pour ma part, Reda, je pense aussi aux femmes et hommes séropositifs en prison qui en écoutant ou en lisant Bachelot se sentiront condamnées à la non existence. Double peine et double misère qui n’aide pas à s’inscrire dans un programme de réinsertion.

    Je suis loin d’être homophobe, j’ai deux soeurs qui ont chacune un fils homosexuel dont l’un des deux est contaminé depuis de nombreuses années. Je dis cela parce que les réactions sont souvent violentes lorsque l’on dénonce certaines pratiques de la communauté gay qui nous semblent intolérables.

    Catherine présidente de l’arppi

    Voir en ligne : « Excusez-moi, je suis séropositif et… hétérosexuel »

  • Bonjour A vous lire, tous les gays ont des comportements à risque, ils baisent à tout venant, n’y a t’il pas aussi ce genre de comportement chez les hétéros ? Je suis scandalisé par ces propos.
    • Vous avez lu de travers ou alors à travers les oeillères de votre mauvaise fois. Les comportements sexuels (nombre de partenaires, prévention ou pas, etc.) n’appartiennent à aucune « communauté ».

      Le fait que je compare 2 situations individuelles du point de vue des besoins de prévention (celle d’un couple hétéro stable et monogame vs. 1 crevette du Marais qui baise à tout-va) ne revient pas à généraliser.

      Où est le scandale ?

      • Bonjour, En tant qu’homosexuel seropositif je ne comprends toujours pas votre attitude négative envers la communauté gay. En France que l’on soit homo, hétéro, black, ou beur le suivi est le même pour tous, ormis peut être pour les sans papiers ou là il peut y avoir des difficultés de suivis mais là il faut vous adresser à Mr Besson. Il faudrait que vous sortiez un peu de votre obsession du "tout pour les homos"
    • Bonjour, peut-être qu’il y a des comportements similaires chez les hétéro mais moi c’est vos comportements qui me gênent quand je vois qu’il y a des essais pour donner des anti rétro viraux aux homosexuels séronegs parce qu’ils en ont marre de la "capote" !! ça te gêne pas de savoir que dans certains pays ils n’ont pas de traitements pour des séropositifs et qu’ils en meurent encore… Pourtant il y a certains gays qui m’ont remercié en temps qu’hétéro d’aggrandir le cercle des séropo car sans nous ils n’y aurait peut-être pas eu certaines avancées..j’en suis resté assez coït(pas mal le jeu de mot !!!)alors d’après toi pourquoi cette étude ?
      • Si essai il y a c’est sous contrôle scientifique. D’autre part concernant la situation des pays ravagés par le sida personne n’est responsable sauf les dirigeants de ces pays qui s’en mettent plein les poches il n’y a qu’a voir leur train de vie. Un homosexuel en colère.
  • je suis blanche heterosexuelle et seropositive. maladie attrapée alors que j’etais mariée et fidele une vraie oie blanche…désolée

    merci pour votre article nous existons aussi malheureusement les hétérosexuel(le) seropositif…

    petit message pour toute les personnes en couple qui ont des velleités a tromper leur conjoint… rappeler que tromper son conjoint, c’est votre choix et votre libre arbitre tromper , je ne juge pas… mais en se protegeant…. pour laisser le choix a la personne trompée de rester en bonne santé merci

  • Tout est réducteur : ton discours aussi. Il faut impérativement noter que le taux de nouvelles contaminations est proportionnellement plus élevé que pour les hétéros. Il faut ne pas oublier que les assos comme Aides, Act-up ne déterminent pas leurs plans d’actions uniquement en direction des homos ! Nous sommes tous concernés… … Au fait, moi aussi je suis séropo et je suis hétéro.

    Voir en ligne : A noter…

  • Bonjour

    Je suis blanche, hétérosexuelle, séronégative, mais ça ne m’empêche pas de me sentir concernée.

    Pour ma part, je suis horrifiée à chaque fois que j’entends parler du SIDA dans les médias. À croire que seuls les noirs et les homos sont des populations à risques. Résultat : les jeunes qui ne sont ni l’un ni l’autre se croient hors de danger. Or le virus s’attaque à n’importe quel corps humain, quels que soient son mode de vie, sa sexualité, sa couleur de peau, ou la couleur de ses yeux !

    Ne croyez-vous pas qu’il s’agisse plutôt d’une stigmatisation des communautés "homosexuelle" et "noire" ?