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Noël et l'Aïd au Comité des familles pour survivre au sida

25 décembre 2008 à 17h37

En juin 2003, j’ai participé à la création du Comité des familles, un an après les Rassemblements pour survivre au sida. Le Comité est une association indépendante (de tout pouvoir politique), laïque et multicommunautaire (elle réunit des familles de toutes origines) dont l’objet est non pas d’apporter une aide mais de permettre aux familles vivant avec le VIH de lutter ensemble pour survivre au sida.

Il y a cinq ans, le défi était d’arriver à construire un projet collectif, sans rien renier ni oublier de nos souffrances, pour sortir de la complainte et réussir à transformer la perception des familles frappées par le VIH comme n’étant que des victimes de l’épidémie réduites à subir en silence, en démontrant que nous sommes capables d’affronter, la tête haute, l’injustice de cette maladie et tous ceux qui en profitent.

Le progrès de la médecine, lorsque son partage est garanti par une vraie protection sociale, permet aux couples concernés par le VIH de faire et d’élever leurs enfants avec l’assurance qu’il n’y aura ni contaminations supplémentaires, ni orphelins.

Si on ne fait pas de bébé en portant un préservatif, l’assistance médicale à la procréation (AMP) est efficace pour empêcher la transmission du virus dans le couple sérodifférent (où une personne est séropositive et l’autre ne l’est pas). Et, en France, depuis 1994, les mamans séropositives savent que leurs bébés ne seront pas contaminés : il y a 1500 femmes séropos qui accouchent chaque année d’enfants en bonne santé, sauf pour environ une vingtaine de mamans — la plupart du temps africaines sans papiers privées de droits et d’accès aux soins — dont la prise en charge est trop tardive pour empêcher la transmission.

Si la maladie pèse toujours autant dans la vie des familles concernées, c’est du fait de la violence sociale contre ceux qui vivent avec le virus, des « effets indésirables » des médicaments antirétroviraux, de l’ignorance du progrès de la médecine, et de la mémoire d’un passé pas si lointain où la médecine était encore démunie face au sida…

Tout ceci n’est pas étranger au fait qu’au Comité des familles, nous organisons des fêtes à chaque fois qu’on nous en donne l’occasion. Certains nous l’ont même reproché… Et pourtant, le fait d’être en vie malgré le virus du sida, malgré l’injustice de la maladie, ça se fête !

Voilà pourquoi j’avais envie de vous raconter la dernière fête à laquelle j’ai participé à la Maison des familles. L’occasion était double, du fait de la concordance des dates de Noël et de l’Aïd…

L’ambiance était extraordinaire : chaude, conviviale et électrique en même temps. Des danseuses enflammées, petites et grandes, se sont retrouvées dans la salle, pour danser sur les rhythmes ivoiriens, algériens, marocains, camerounais, congolais, français… Toutes les musiques y sont passées, à l’image de l’association et au grand bonheur de tous. Sur « Zaama Zaama » de Takfarinas, ce sont les maghrébines qui ont montré aux autres africaines comment valser des hanches, avant de passer à la Zouglou danse et autre Coupé Décalé. Rapidement, les enfants ont formé un train, à la queuleuleu, rejoints par les parents pour tourner autour de la salle. Et tout ça, c’était alors que la fête venait à peine de commencer !

Certaines familles découvraient le local pour la première fois. Trois mois après le lancement des activités, on s’y sent chez nous. Pourtant, à l’ouverture, au mois de septembre, on ne savait pas si on tiendrait le pari : donner envie aux familles de venir, non pas pour recevoir de l’aide mais pour contribuer à un projet collectif.

Pari tenu : le local de la « Maison des familles » était plein à craquer.

Tout le monde s’est mélangé. Ceux qui venaient pour la première fois se sont retrouvés très rapidement entourés par de nouveaux amis. « Mais je ne connais personne ici ! » s’est exclamé un ancien, absent depuis quelques semaines du local, pour cause d’impératif thérapeutique… Et effectivement les choses vont vite : il n’y a jamais eu autant de nouveaux-venus, autant d’enthousiasme et de bonnes volontés.

Preuve en est que l’organisation de la fête a été porté par tout un groupe, qui passait spontanément au local (pas besoin de convoquer des réunions !) tous les jours pour voir ce qu’il y avait à faire. Et ça s’est fait ! Et que vive cette solidarité ! Et que tous les grincheux, tous ceux qui prédisaient que jamais les familles ne seraient capables de s’organiser, de s’entendre, de dépasser les clivages de parcours, de communautés, de rompre avec la honte et le silence… Que tous ces oiseaux de mauvais augure émigrent vers d’autres cieux, loin de notre rue Armand Carrel.

Les familles continuent d’affluer au local. C’est du plaisir : je retrouve des personnes que je n’avais pas vu depuis le dernier Méga Couscous (en 2007) ou depuis la Fête des amoureux… Je retrouve aussi toutes les personnes qui participent aux activités de la Maison des familles depuis la rentrée de septembre.

On commence à se demander comment Ousmane et sa troupe des enfants du Comité vont présenter leur spectacle de danse hip hop : il n’y a presque plus de place !

Arrivent ensuite Leslie et Kore. C’est Leslie qui a eu envie de venir quand elle a appris qu’on organisait une « petite fête » pour les enfants de l’association. On peine à leur trouver des places assises, d’autant plus que Leslie se retrouve assaillie par les enfants qui réclament son autographe…

J’entend Kore expliquer à son père, en lui montrant l’affiche du Méga Couscous RaïN’B, qu’il est en train de préparer ce grand repas de solidarité avec nous, prévu pour le printemps 2009. Que des bonnes choses à venir. Non, Kore n’est pas un artiste « engagé » à la Renaud ou autre Gainsbourg. Autre époque, autre rhythme… Sa musique porte nos couleurs et notre fierté, notre fureur de vivre.

Arrive ensuite le spectacle que les enfants répètent depuis le mois de septembre. Tous les samedis ou presque, ils ont retrouvé Ousmane au local. Les débuts ont été difficile : deux enfants ont abandonné, la participation et la présence n’ont pas toujours été exemplaires. Mais les mômes ont tous finis par accrocher, et les parents aussi ! C’est devenu de fait la première activité fédératrice qui a fait l’unanimité, petits et grands confondus. J’ai moi-même passé de mémorables samedi après-midi avec Ousmane et les enfants.

Enfin, le spectacle. Le talent et l’envie des enfants crèvent les yeux. Le travail qu’ils y ont mis pour répéter et se préparer aussi. Certes, le fait de se retrouver encerclés par un public bruyant et nombreux aurait pu les déstabiliser, leur faire perdre le rhythme. Mais Ousmane les rassure, les met en place et ça commence… pour finir en improv’ avec chaque enfant en solo. Tonerre d’applaudissements.

Juste après, Ousmane entonnera deux chansons dédiées aux enfants, dont L’Enfant noir, un morceau écrit avec son frère, l’autre moitié de son groupe, la Waguess Family. Il concluera en s’adressant directement aux enfants, doucement mais fermement…

Après Ousmane, Leslie. Elle dira un petit mot pour les enfants, pour se retrouver avec « Une chanson ! Une chanson ! » réclamée par toute la salle. C’est avec beaucoup de tendresse et de sincérité qu’elle interprétera a capella quelques couplets.

Vint le goûter, la bûche et les gateaux, suivis de l’arrivée de Baba Nawel (Papa Noël).

Hadjara s’est retrouvée, vaillament aidée par Aminata, à organiser la distribution des cadeaux. Les enfants attendent, brillant par leur impatience. Mais ils savent se tenir. Tant bien que mal la distribution aura lieu, et il n’y aura ni déçus ni d’oubliés.

Bref, un après-midi extraordinaire. On avait déjà fait de belles fêtes, au Comité. Mais pour moi, celle-ci était la plus belle : enfin, les familles en grand nombre réunies au local pour lequel on s’est battu corps et âme, d’abord pour l’ouvrir et ensuite pour le faire vivre. Ce n’était pas une fête pour des gens malades, c’était une fête tout simplement. Nous étions si heureux d’être ensemble, les sourires sur tous ces visages en attestent.

Seul (gros) bémol et regret pour moi : comme j’avais des responsabilités pour cette fête, j’ai dû me résigner à laisser mon propre fils, 3 ans, à la maison avec une gastro, fièvre et diarrhées non-stop depuis 24 heures. Il en était complètement épuisé. Les parents qui me lisent comprendront.

Reda

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Mots clés : sida