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Les notables fantômes du Parti Socialiste

Congrès de Reims / samedi 15 novembre 2008 par Fakir
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Aujourd’hui samedi, une équipe du journal « Fakir » se déplace à Reims. Analyse de la politique libérale du PS dans ce tract qu’ils distribuent aux militants socialistes au congrès.

Nous n’irons plus aux urnes…

Jeunes habitants de la Somme, nous sommes des électeurs de gauche. Nous avons toujours voté, fidèlement, loyalement – et même « royalement » – pour le parti socialiste, au moins au second tour des scrutins (présidentielles, régionales, municipales, la totale). Mais nous n’irons plus aux urnes. Alors que vous tenez votre Congrès, nous tenons à vous exprimer, avec franchise et respect, les causes de notre écoeurement.

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Les socialistes contre la démocratie

Le 29 mai 2005, on se trouvait rue de Solférino, parmi des militants tous badgés d’un « Oui à l’Europe sociale ». Ici un élève de l’ESSEC (haute école de commerce), là un conseiller en stratégie financière, une dame qui nous parle de « gap » et de « business ».

Ce dimanche soir, 54,67 % des Français penchaient pour le « non ». A 79 % chez les ouvriers. A 67 % chez les employés. A 71 % chez les chômeurs. A 62 % chez les moins de 25 ans. Alors que les cadres et professions libérales préféraient le « oui » à 65 %, un « oui » qui plafonnait à 66 % ici, dans ce Paris devenu Versailles. Alors, peut-être ce divorce allait-il soulever un doute chez les héritiers de Jaurès ? Comme quoi, qui sait, le libre-échange – décliné dans le Traité constitutionnel en « liberté de circulation des capitaux », « concurrence libre et non faussée », etc. – fragiliserait les fragiles, et renforcerait les forts ? Comme quoi une « guerre des classes » ferait rage, avec des vainqueurs et des vaincus ? Tout le contraire.

« C’est du populisme, c’est ce qui a mené l’Italie d’autrefois à ce que l’on sait », ne pinaillait pas Martine Aubry : nous avions voté « non », c’était le prélude du fascisme. Un « délit de démocratie » s’insurgeait Jack Lang : à la prochaine occasion, on contournerait les urnes. A l’occasion suivante, on les a de fait contournées : les parlementaires socialistes se sont, dans leur large majorité, empressés d’entériner le traité de Lisbonne. La démocratie fonctionne mieux ainsi : sans le démon du démos…

On vous laissait une chance, encore : mais ce 6 novembre 2008, quelles motions l’ont emporté ? Celles des Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, Martine Aubry. Toutes trois favorables au « oui ». Tous trois approuvant, depuis Maastricht jusqu’à Lisbonne, tous les manifestes laisser-fairistes pourvu qu’on ajoute « Européen » dans le titre et « paix » à l’intérieur…

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La « question sociale » : l’oubliée de 2007

A la veille de la présidentielle, L’Expansion s’inquiétait : « Cent milliards d’euros : c’est le chiffre, rond jusqu’à l’insolence, qu’atteindront les bénéfices des sociétés du CAC 40 en 2006. Nul doute que ces ‘superprofits’ vont s’inviter dans la campagne électorale et relancer la question du partage des fruits de la croissance. »

Ce journal financier avait tort de se faire du souci : ces « superprofits » ne se sont guère « invités dans la campagne » de 2007. Dans les 42 discours de Ségolène Royal (321 pages, 168 802 mots), à aucun endroit, le mot « rentier » n’apparaît. La « finance », elle qui triomphe, n’est nommée que deux fois. Aucun terme, ni « spéculateur », ni « patronat », ni « deux cents familles », ni « CAC 40 », ne dénonce aux électeurs la force sociale à combattre.

La candidate prétendait au contraire tout « réconcilier » (53 occurrences) : « réconcilier le local et le global », « réconcilier l’Europe du oui et l’Europe du non », et surtout : « réconcilier la France avec les vrais entrepreneurs ». Cette « réconciliation avec l’entreprise commence dès l’école », et elle permettra la « juste réconciliation entre le progrès social et le progrès économique », « la réconciliation entre l’efficacité économique et la protection sociale », etc. Exhorter à la « réconciliation » et aux « convergences positives  » alors que, depuis trente ans, les salaires stagnent, alors qu’une génération de intérimaires est écrasée sous le talon de velours de la « flexibilité », alors qu’au sommet s’accumulent « superprofits » et « mégadividendes », voilà qui relevait déjà d’une trahison en rase campagne. Précaires de tout le pays, tendez l’autre joue ! Mais elle délivra mieux : des encouragements aux puissants. Au printemps 2007, en Une de l’hebdomadaire Challenges et sur toutes les affichettes des bars-tabacs, on pouvait lire sous sa photo : « Ségolène Royal face aux patrons : ‘Faites des profits, augmentez vos revenus !’ » Comme si, pour mener cette guerre des classes, ils avaient attendu sa souriante permission…

Les notables fantômes : l’abandon des luttes

C’était pendant l’été 2007. Vincent Peillon venait d’être battu, une nouvelle fois, aux législatives dans la Somme, notre département. Lui se présentait pourtant dans une circonscription ouvrière, « le Vimeu rouge », bastion de l’anarcho-syndicalisme avec ses PME de la serrurerie, métallurgie, qui fuient lentement vers la Chine. Son fiasco incarnait, pour nous, le divorce des classes populaires d’avec le Parti socialiste – et nous souhaitions comprendre cet échec.

A la Bourse du Travail, au premier étage, on rencontre Gilles Humel, le secrétaire de l’Union Locale CGT. Sous son bras, une liste de noms qu’il surligne au stabilo : en orange les pré-retraités, en bleu les déplacés. « Vincent Peillon, il était carrément absent sur la bataille de Laperche. » Une robinetterie, rachetée par le groupe suédois Assa-Abloy, n°1 du secteur, et rapidement fermée ensuite.

« Des déclarations générales, si, il en a faites : ‘Le Vimeu sinistré… le Vimeu doit innover…’ mais concrètement, rien. Il s’est contenté d’en appeler aux fonds européens pour gérer la fermeture !

- Mais est-ce que Vincent Peillon a livré une analyse, en détail, sur les bouleversements qui se produisent dans le Vimeu ?

- Non, je n’ai pas trace de ça. J’essaie de me souvenir. Mais non.

- Et au Parlement de Strasbourg, est-ce que Vincent Peillon a rédigé des lois pour sauver l’industrie européenne ?

- S’il l’a fait, en tout cas, il ne nous a rien transmis.

- Mais alors : est-ce que Vincent Peillon est déjà venu s’expliquer ici, avec vous et les autres organisations ?

- Non, pas une seule fois. Il ne connaît pas la couleur de nos locaux. »

En dix années (supposées) d’implantation, Vincent Peillon n’avait donc jamais mis les pieds à la Bourse du Travail ! Lui ressemble alors au coyote dans les cartoons de Tex Avery : suspendu au vide. Sans base sociale où s’appuyer. Discours qui ne repose sur aucune chair. Bavard au nez poudré qui tourne sur les plateaux télévisés, qui fait la roue devant les speakerines, plus proche des présentateurs clonés de LCI que des salariés du Vimeu. « Faire un service minimum dans l’Education n’est pas dérangeant », annonça Vincent Peillon.

« 

- Vous êtes donc plutôt pour ?, s’étonne Yves Calvi, l’animateur de Mots Croisés.

- Je pense oui. Et il poursuivit : « Le vrai problème, ce n’est pas les 10 000 postes. Tous ceux qui connaissent ce dossier savent que ce n’est pas la question. D’ailleurs, Sarkozy en demandait plus de 20 000. La question, c’est d’être capable de dire ce qu’on fait de l’éducation dans ce pays, et comment après, effectivement, on va soustraire ces 10 000 postes. »

L’animateur s’en trouva estomaqué : « Si successivement vous nous dites que vous êtes d’accord sur le service minimum et sur les réductions d’effectifs alors là, je dois dire, la gauche est en train de beaucoup évoluer dans ce pays !

- Ecoutez, ça me semble une évidence », confirma Vincent Peillon. Bravo pour le chemin parcouru… Et en pleine affaire Airbus, alors que Lagardère et ses cadres étoffaient leur matelas d’euros, alors que le plan Power 8 dégraissait 4 300 ouvriers en France, Vincent Peillon se prononçait en faveur des « stock-options » : « Moi, je ne suis pas du tout pour la suppression des stock options, je pense qu’elles ont un rôle. » Une « révision courageuse » de plus…

Le Financial Times plus à gauche que le PS !

« Les mutations incessantes et profondes des sociétés contemporaines n’ont pas éliminé les oppositions de classes et groupes sociaux ». Cette phrase figurait encore dans la dernière déclaration de principes du PS, datée de 1990. Mais en ce printemps 2008 se déroula le nettoyage final. Dans le nouveau texte, le mot « classe » a disparu…

Les socialistes se sont conformés à l’air du temps… mais à contretemps. Car hasard du calendrier, on tombait sur cette Une : « L’inégalité de revenus est regardée comme le grand clivage. » Voilà ce que titrait, non L’Huma Dimanche, mais le Financial Times, le 19 mai dernier. Et la bible des banquiers de la City poursuivait : « L’inégalité des revenus a émergé comme une question politique hautement conflictuelle dans beaucoup de pays, pendant que la dernière vague de la mondialisation a créé une ‘super-classe’ de riches… Un rapport paru en 2005 du Programme des Nations Unies pour le Développement a estimé que les cinquante plus grandes fortunes du monde gagnaient plus que les 416 millions les plus pauvres… »

« Super-classe », « pauvres », « inégalités de revenus », « impôts pour les riches » : autant de mots, vulgaires, qu’on chercherait en vain dans la prose du PS. Qui n’était faite que de noblesse d’âme : « le Parti Socialiste met la culture au centre de ses valeurs », « le Parti Socialiste est un parti européen qui agit dans l’Union européenne qu’il a non seulement voulue, mais en partie conçue et fondée », « il combat les atteintes à l’intégrité et à la dignité humaines », etc. Ce chant d’amour fut adopté par 84 % des militants.

C’est maintenant l’automne, et un vent glacé s’abat sur les bourses. Au parti socialiste, pour passer l’hiver, on repeint la maison rose d’une couche de vernis anti-libéral : « Depuis le temps que les socialistes le répètent que le capitalisme court à sa perte ! », annonce Ségolène Royal. Mais vous le comprendrez : nous ne croyons plus un mot de toutes vos histoires. Et modestement, mais avec patience, en toute indépendance, dès les prochaines élections européennes nous lancerons une anti-campagne dans notre région : pour que votre parti soit désavoué.

Sources :

Pour rédiger ce tract, nous nous sommes appuyés sur le livre de François Ruffin, La Guerre des classes (éditions Fayard). Cet ouvrage décrit, entre autres thèmes, l’état de mort cérébrale du Parti Socialiste.

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12 MESSAGES
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Forum

  • Les notables fantômes du Parti Socialiste
    le mercredi 19 novembre 2008 à 03:06, bonne-voglie a dit :
    Bonjour Surtout ne pas manquer d’écouter François RUFFIN parler de son livre "la guerre des classes" à l’émission de Daniel MERMET, sur le site labas. org http://www.la-bas.org/article.php3 ?id_article=1519
  • Les notables fantômes du Parti Socialiste
    le mardi 18 novembre 2008 à 13:59
    Excellente analyse. C’est aussi celle qu’a fait Jean-Luc Melenchon et nombre de camarades du PS en créant le Parti de Gauche.
  • Les notables fantômes du Parti Socialiste
    le mardi 18 novembre 2008 à 12:45, Patrice a dit :
    C’est pour cette raison que Benoit Hamon a posé sa candidature. Pour que le PS se réancre véritablement à gauche !
  • Les notables fantômes du Parti Socialiste
    le lundi 17 novembre 2008 à 18:00, papou a dit :
    les dirigeants "socialistes" sont en effet totalement déconnectés de la réalité des travailleurs. mais ont ils un jour fréquenté les pues la sueur ? et savent ils qu’ils existent ?
  • Les notables fantômes du Parti Socialiste
    le lundi 17 novembre 2008 à 13:37, dupontlajoie a dit :
    Puisque le parti socialiste est maintenant au terme de son congrés clairement au centre (c’est à dire à droite !!)il va falloir voter utile les prochaines élections pour ranimer la gauche:P.C,BESANCENOT,MELENCHON !!!!!!!Au moins même si l’on perd on fera passer des messages à ce parti en perdition !!!!!!!!!
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