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Le meurtrier du génie des échecs extradé

Affaire Andruet / dimanche 7 mars 2010 par Urba Neal
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Le Maroc vient d’extrader Sacha Rhoul, 39 ans, condamné par contumace en 2006 à 15 ans de réclusion criminelle pour le meurtre du "Mozart des damiers" Gilles Andruet en 1995. Flashback.

Article publié le 20 janvier 2008

L’assassin de Gilles Andruet, le « Mozart des damiers », condamné par la justice, vit tranquillement au Maroc et tient à Marrakech un hôtel fréquenté par les stars. « Bakchich » retrace l’enquête qui mène du monde du jeu au business lucratif des souvenirs vendus dans les rues de Paris.

Dans la nuit du 21 au 22 août 1995, à coups de battes de base-ball, un groupe sauvage pulvérise Gilles Andruet. Le mort est connu dans la république des échecs comme le « Mozart des damiers ». Avant le drame, ces nuits de l’été 1995 n’ont pas été tendres pour Andruet. Il se sent acculé. Il y a ses pertes au casino, puis cette héroïne qu’il s’est mis à sniffer pour oublier qu’il faut bien continuer de vivre. Premier Français à battre des champions de l’Est, maître international à 25 ans, champion de France à 30, il a vraiment une case de plus. C’est un gagneur à l’instinct, capable de peler un fruit ou de rédiger une lettre tout en vous conduisant au mat.

Jean-Claude Andruet, son père, immense champion automobile, a laissé dans l’histoire des rallyes une trace identique à celles de Gilles Villeneuve en F1 : éthique, humour et passion de l’art pour l’art. En course, Jean-Claude préférait aller au fossé plutôt que d’écraser un chat en restant sur la route. Père de famille adolescent, Jean-Claude a toujours eu beaucoup de mal à maîtriser Gilles, son enfant lunaire… au point d’arriver en retard d’une heure le jour du bac, étant parti acheter des fruits au marché avant l’épreuve. Pour être finalement reçu avec mention.

Au lycée Louis le Grand où il est en « prépa », les profs n’ont jamais vu un type aussi brillant. Mais les cours l’ennuient. Gilles Andruet laisse tomber l’avenir sérieux pour l’improbable des échecs. Puis, il s’intéresse aux jeux des casinos. Au départ c’est en sportif que Gilles aborde les jeux de hasard. Il s’informe sur toutes les théories touchant au jeu, comme la « loi » Ken Uston, du nom d’un Américain qui a établi une méthode de comptage des 342 cartes contenues dans un sabot de black jack. Gilles Andruet se repose avant d’attaquer le tapis vert, il se nourrit correctement, fait des séjours à la campagne et se présente avec 51 chances de gagner contre 49 de perdre, c’est son ratio.

Un héritage transformé en liquide

Les premiers mois de cette nouvelle vie de « hacker », il voyage dans presque tous les cercles de jeu du monde, et même en Chine. Il gagne des millions, mais entasse les billets dans ses poches comme des kleenex. Cette cadence de samouraï, le joueur ne la tient pas longtemps. Les insomnies joyeuses et la drogue viennent ternir le chrome de cette machine à gagner.

De temps à autre, il fait encore de belles différences, mais aussi de grosses dettes. Par chance, une vieille dame qui l’aimait beaucoup lui lègue sa maison en mourant. Le pavillon de Montreuil se transforme en un chèque de 398 000 francs. Interdit bancaire, Andruet cherche un ami pour encaisser le titre à sa place. Mais Gilles, en matière d’amis, n’a plus que des faux.

C’est au casino d’Enghien qu’Andruet rencontre Joseph Liany. Il va l’aider à faire du « cash ». La banque Chaabi accepte de transformer le chèque en liquide. La somme doit être disponible le 22 août. Gilles poursuit sa vie qui n’est est pas une, sans point fixe. Pour dormir, il débarque chez des amis, sonnant à la porte à 5 heures du matin. Comme bagage il n’a que quelques fringues et un jeu de backgammon offert par son père. Le 20 août 1995, il dort à Bonneuil-sur-Marne dans la maison de son pote Liany.

Le 21 au soir, Gilles Andruet, qui a un peu du coup de volant de son père, arrête sa Ford Sierra devant le restaurant « L’Entrecôte » à Paris. Il y connaît Jolenta, une gentille fille d’origine polonaise qui travaille comme serveuse. La jeune femme, qui voit Gilles au travers de la vitrine, se rappelle de son ami comme « d’un homme traqué. Qui n’a pas l’air d’être libre ». Elle garde aussi l’image de Joseph Liany : c’est bien l’homme assis comme passager à l’avant de la voiture. Deux autres personnages sont assis sur la banquette arrière.

Le 22 août, près de son terrain de culture de Saulx-les-Chartreux, une maraîchère découvre un corps à demi plongé dans le cours de l’Yvette. Le crâne et le larynx du mort sont broyés, les avant-bras brisés - détail qui indique que la victime a tenté de se protéger des coups. Le lendemain on retrouve non loin la Sierra de Gilles utilisée pour le transporter : le coffre est constellé de taches de sang. Joseph Liany, l’aimable intermédiaire dans l’encaissement du chèque, est retrouvé et entendu. Mais la justice le laisse en paix et le dossier Andruet se met en sommeil sur le rayon poussiéreux du cabinet d’instruction du juge Brun.

En 2001, Jean-Louis Périès, le nouveau magistrat instructeur, envoie une alaise dans laquelle le corps d’Andruet a été roulé au laboratoire de justice scientifique de Nantes. Un poil est retrouvé dans le linceul. Son A.d.n. correspond à celui de Joseph Liany qui déclare : « J’ai prêté cette alaise à Gilles Andruet et j’ignore tour de la suite de son histoire. » La justice expédie Joseph Liany en cellule. Une cour d’assises va le condamner à 15 ans de prison. Liany parle : il indique aux magistrats que Sacha Rhoul, son neveu, est l’un des hommes aperçus par la serveuse Jolenta devant la vitrine de « L’Entrecôte ».

Mais Sacha, un beau garçon aux mâchoires saillantes, né le 2 juin 1971, reste introuvable. Son père Alexandre, dit Sacha, a été garde du corps, prof de karaté puis secrétaire de Johnny Hallyday avant de devenir son « ministre des finances » et de rester son éternel ami. « Alex » a une autre bon ami, c’est Jean-Pierre Pierre Bloch, l’inoxydable élu (UMP) parisien et intermédiaire prisé de la Francafrique. « Alex » gère beaucoup de choses, entre autre une juteuse affaire de vente de souvenirs au pied de la Tour Eiffel (ne riez pas, nous parlons d’or). A Marrakech, il veille aussi au bon fonctionnement de l’hôtel 5 étoiles qui porte son nom : le Palais Rhoul.

Sylvia, soeur de Liany et mère de Sacha, le jeune homme en cavale, a, selon les propos de Liany tenus à l’audience, « tenu à Paris des hôtels forts accueillants, bien connus et protégés par la police »… Toujours est-il qu’elle roule en Rolls décapotable et qu’elle a fait dresser à Marrakech, pour adoucir les heures de son de fils en fuite une «  tente de caïd ». Un abri bien nommé. Au fil du temps et de la bienveillante inertie de la justice (nous sommes en mars 2006), grâce au talent de son avocat Lev Foster, Liany est blanchi par une nouvelle Cour d’assises. Condamné à 20 ans par contumace, Sacha Rhoul junior devient alors l’unique auteur de l’assassinat de Gilles Andruet.

La police qui traque les criminels en cavale ignore le nom de Rhoul

En décembre 2003, ce sont les photographes de Paris-Match, à l’affût à Marrakech, qui montrent sur une double page Sacha Rhoul et son père lisant tranquillement le JDD à une terrasse de bistrot. Pas dégonflé pour un sou, Sacha Rhoul, par le truchement de Sophie Bottai, avocate qui est en femme ce que Gilbert Collard est en homme, attaque le magazine au tribunal de Marseille pour atteinte à la présomption d’innocence. Procès que Rhoul va perdre, mais qui obligera Jean-Claude Andruet, témoin, à revivre la mort de son fils devant les juges.

Depuis près de dix ans, c’est avec la bénédiction de la justice, de la police et de la diplomatie Française que le jeune Rhoul prospère à Marrakech, où il est devenu une figure. Ami indispensable des stars, il a même organisé le mariage du footballeur Anelka dans son Palais. Questionnée, l’unité policière française fraîchement créée et dont l’objet est de rechercher dans le monde entier les criminels en cavale, ignore le nom de Rhoul. Son identité ne figure sur aucune liste de la police de l’air et des frontières. Bien plus facile d’attraper les anciens des Brigades rouges au Brésil ou au Mexique…

Johnny devrait peut-être prévenir son ami Sarko, traqueurs de délinquants, qu’il a les moyens de faciliter la capture d’un assassin, le fils de son ancien « ministre des finances » . Comme le disait, en parlant de lui-même, un ancien du défunt gang des Trois canards, Sacha a « une couverture grande comme un autobus »… A la question : « Pourquoi l’assassin d’Andruet est-il toujours en liberté ? », la réponse semble sûre, imparable : « Mais Rhoul a la nationalité Marocaine. Elle le protège de l’extradition… » Argument contestable, puisque c’est aux justices des deux pays de décider du sort du condamné.

En attendant, papa Rhoul et son fiston continuent (par télépathie ?) de régner sur le business des souvenirs, cette camelote vendue aux touristes dans les rues de Paris. Un stand bien placé à la Tour Eiffel peut rapporter 40 000 euros par mois, en liquide le plus souvent. Avec les amis de Rhoul, le marché de la bimbeloterie de trottoirs est entre de bonnes mains. Quand un cave se rebiffe, alléguant par exemple que, dans ce genre de marché, le droit est parfois tordu, il est vite remis dans le droit chemin.

Finalement, c’est Lyne Cohen-Solal, la naïve, qui a secoué le bel édifice en posant la question : « Qu’est-ce que c’est que ce bordel, cette gestion clientéliste post chiraquienne des bazars de rue ? ». Bertrand Delanoë émet l’idée de mettre de l’ordre. On va lancer une consultation pour recruter une société capable de gérer « les activités de vente sur la voie publique »… L’appel est publié au J.O de la Ville. Le responsable des ventes ambulantes des pourtours du Stade de France semble être le candidat vainqueur… Puis plus rien. Delanoë rentre en campagne. Le fric coule toujours depuis les 142 étals autorisés dans Paris.

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3 MESSAGES

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  • Le meurtrier du génie des échecs extradé
    le mercredi 10 mars 2010 à 17:35

    Scandaleuse impunité … Oui, je mets cet article en parallèle avec celui qu’a écrit sur le site Catherine Graciet concernant l’affaire des viols au Lycéé Français de Marrakech. Mais les petites se battent toujours et je constate que Mr Rhoul dort enfin dans le palace qu’il mérite, la prison. COMITE JUSTICE POUR NADIA* AMELIE*et les autres http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/international/europe/20071017.FAP3235/ouverture_dune_enquete_sur_de_presumees_agressions_sexu.html http://www.bakchich.info/Viols-au-lycee-francais-de,08609.html

    Nadia et les autres victimes attendent depuis trop longtemps qu’une décision de justice atténue leur souffrance.

    A la violence de l’agression (viol et tentative de viol en réunion) et de ses ravages, s’est ajoutée celle des pressions, des humiliations, de la mise à l’écart, et la souffrance due aux deuils et maladies de ces familles laminées par le déni et le silence imposé. Les blocages juridiques, politiques et diplomatiques ont en effet succédé à l’absence absolue de soutien et d’humanité de la part de la direction de leur lycée comme, jusqu’à aujourd’hui, de « la Justice », marocaine ou française. Dans les deux articles ci-dessus, vous lirez une partie de leur histoire.

    La ténacité de la famille de Nadia a conduit un avocat du Barreau de Paris, Maître Bourdon, w.bourdon@bvb-avocats.com à accepter de les défendre et une nouvelle plainte avec Constitution de Partie Civile vient d’être déposée le 16/02/2010 par Nadia au T.G.I. de Paris pour tentative de viol en réunion contre cinq agresseurs et pour non-dénonciation de crime et omission de porter secours contre le proviseur du lycée au moment des faits. Mais, même avec des honoraires réduits du Cabinet Bourdon, les frais divers sont très élevés et notamment « l’éventuelle consignation, les frais d’avocat au Maroc, les déplacements … Or la famille ne peut assumer financièrement une procédure qui sera probablement longue et difficile.

    D’Une Rive à l’Autre, Association d’aide aux victimes de violences sexuelles est en lien avec ces jeunes filles et les soutient. Elles doivent obtenir justice et réparation. Nous appelons toutes les personnes qui veulent les aider à créer un Fonds de Soutien à la Procédure Juridique par envois de chèques à l’ordre de :

    Comité Justice c/o D’Une Rive à l’Autre 4 Rue Vauban 44000 – NANTES (France)

    http://pagesperso-orange.fr/espace-de-beauvoir/Page_asso_adherentes/Dune_rive_a_lautre.htm

    Avec vos dons, vous pouvez nous envoyer vos e-mails pour que nous puissions vous tenir régulièrement informé(e)s sur l’action et les développements de la procédure. Enfin, si des dédommagements financiers étaient accordés par la Justice, le Comité s’engage à restituer chaque contribution.

    **Nadia et Amélie sont des prénoms modifiés !

  • Le meurtrier du génie des échecs extradé
    le mardi 9 mars 2010 à 08:57, sebastien a dit :
    A voir, la tres interessante enqete faite par Karl Zero sur l’affaire Andruet. Il y expose la scandaleuse impunite dont on beneficie les suspects.
  • Le meurtrier du génie des échecs extradé
    le lundi 8 mars 2010 à 09:22, sebastien a dit :
    Au sujet de l’affaire Andruet et l’impunite scandaleuse dont ont beneficie les coupables, voir la tres interessante enquete realisee par Karl Zero.
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